Au coeur du sacré

D’amour raide mort

Depuis, il y retourne, à chaque fois qu’il le peut. Sur la plus haute colline de Lutèce. Là où il l’avait laissée. Et il ignore toutes ces heures que scande le si proche carillon. Comme il ignore les badauds. Accrochés à ses plis d’imperturbable statue. De la mort vivant monument. Sur pièces ils le jugent bon.

Ce soir une colombe a frôlé ses cheveux au vent. Il a fermé les yeux comme si d’un battement d’elle il s’agissait. Et il a, à nouveau, humé le souffle de son parfum. Et se laisser porter jusqu’aux cieux, qui sont ici si présents.

Et il fait le rêve fou, éveillé, toujours raide, seul à se couvrir d’argent – passants payent détermination-, de faire sauter la banque, et courantes affaires, et de s’envoler avec elle. Et ses vibrants accords. Et dans sa douce inconscience il fait alors le pas de trop…

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Le pas de trop

Elle est désormais face à lui. Sans rendez-vous. Sans préséance. Le contrat avait été rempli. Rien qu’un accord cette fois-ci. Tacite et sensuel. Du seul frôlement de leurs doigts, adopté et scellé.

Et regard dans le regard, puis vers l’avant, le vide à leurs pieds, réceptacle éphémère de la gloire du ciel.

Il s’aventure avec elle dans les jardins en contrebas. Ils évitent dense foule, sur large allée déversée, lui préférant les lacets de pierres chemin creusé, par d’autres cœurs amoureux.

Elle lui demande de s’asseoir. Il ne sait pas quel siège elle voit…

- Ici, à même la terre entière. Ici, et pour seule contenance nos bras…

- N’ai-je pas tenu le siège du vent et de lumières de soi en restant là haut perché, statue prête au combat ? Gargouille de mon désespoir… – se demande-t-il au fond de soi.

- Fais-toi petit, ici-même, et avec moi. Et léger, et doux, et généreux de tous les riens qu’on n’a pas. Fleur de rocaille. Vertige de nos seules attaches. A la poussière de l’air et au très bas.

Et il fait comme elle l’avait dit. Et elle est comme elle l’était déjà : amoureuse, et enfin le voir, faire, vers la vie en elle, un pas puis un autre pas.

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Au plus fragile deux

Et c’est lui qui vient désormais la chercher. Et l’accueillir sur les berges de son île protégée.

Et c’est elle qui quitte tour à tour son état. De citadelle, fière et belle, mais qui fuit, par ses meurtrières, de tout le sang des combats.

Escarpée est la montée de son île jusqu’au sommet du coucher. A l’abri de feuilles regard ils cheminent côte à côte, et l’un dans l’autre déjà. Car c’est encore une découverte que ce cheminement là. A-t-on déjà vu deux ailes se rejoindre en haut et en bas ? De leur battement à l’unisson ici vital, on ne retiendrait que cela : la larme qu’en l’air dessine leur réunion à ces endroits. Les plus fragiles qui soient.

Et que devenir à présent, tous deux exposés et regardants ?

Rose et Prince simplement, la même planète habitant.

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Au coeur du sacré

Ils l’habitent, leur planète. Ils jardinent, leurs tréfonds. Et des fleurs font couvre-sol. Des rivières font chansons. Qui les bercent ou les emmènent. Tour à tour dedans dehors. Ils en mangent, des nuages. Ils reçoivent, monde à bord.

Et de temps en temps ils aiment, retourner au sacré mont. Comme ce soir de grande fête, dans les bras de la Saint Jean. Où à deux dans le tumulte, sous un ciel bas, mousse et blanc, ils retrouvent, l’un dans l’autre, le coeur de leur abandon.