De la pointe des cils

« Les blessures d’anamour et les larmes, dit-elle, tracent des tatouages invisibles au creux de la chair. » Et elle, d’un clin d’œil, elle sait en deviner le dessin et la couleur. Et aussi la profondeur et le goût. Alors, de la pointe des cils ou des lèvres, elle voudrait effacer ces sillons secrets sur la peau de l’autre, patiemment, tendrement.

C’est ce qu’elle a tant aimé partager avec le jury, tous des master-coachs certifiés. Et c’est pour ça qu’elle a échoué dans cette école-là. Pour flagrant délit de tendresse. Et car pour eux « sa pratique ne serait alors que fusion et pêché de luxure. »
Alors elle est partie aux portes de l’Alhambra et elle est devenue diseuse de bonne aventure. Et puis un matin du printemps, le jardinier du palais, d’un tremblement de terre au creux de sa main, est tombé en amour avec elle,
sous la pointe de ses doigts.

C’est André qui a ainsi commencé le tissage d’un récit qui ne pouvait que m’inspirer…

Ce qu’il ne dira jamais, ce jardinier du hasard, c’est qu’il en faisait partie. De cette tribu maudite des maux qu’elle n’osait pas dire. De ce peuple conquérant esclave de ses ambitions. Qu’il a couru terre et ciel, ne sachant pas où la trouver. Jusqu’à ce qu’au grand palais, jadis réservé aux puissants, on lui offre position à hauteur de ses modestes dons : caresser les fleurs de l’ombre, célébrer celles du soleil, et faire couler des larmes sans cesse à leurs tendres pieds.

Il ne l’avait pas reconnue. Il ne regardait plus femme. Il ne sentait même plus l’air, ondulant se déplacer. Il s’était juste laissé faire, presque par inattention. Elles ne vous donnent pas le choix ! Elles s’imposent de leur sort, ces gitanes aux alentours des visiteurs du moment !


C’était sa journée de vacance. C’était sa journée du dehors. La dernière et pour longtemps. De besogne et du dedans, à leur première journée ils sont. Jamais plus ils ne se quitteront.
Lui à biner sous sa jupe. Elle a s’offrir les yeux fermés, sur un destin qui la retient. Autant de plis et de replis, autant d’insondables creux. Jamais elle n’en aura fini. Jamais elle ne cessera de l’apaiser. De la pointe de ses doigts, de ses cils, de toutes ses lèvres… et de son âme abandonnée, à l’âme qui sait enfin l’aimer.