De l’amour qui en eux vacille

Centaure et licorne, il se dit. Cet homme double, cet homme externe, cet homme borgne. De ses défenses.

Seul, son ventre, le trahit. L’opprobre de sa naissance.

Et là soudain, jusqu’au cou enseveli, de terre lestée, lui dont le feu de l’âme est gris, la peau tourne au vert cendré, de la mort et de l’amour. Il n’est qu’un homme abattu. Et c’est celui qu’elle a choisi.

- Pourquoi moi ? - Il ne le dit plus.

Mais elle le sent, au fond d’un rire.

- Parce que je ne crois pas un instant à ton mythe et avenir. Et que j’ai envie d’un présent avec l’homme qui en toi vire, volte sûr.

Il secoue traces du temps, graines qui sur lui décomptent la fin de toute apparence. Il est nu. Et il est beau. Et il est pur.

Comme la peau d’un enfant, nouveau né, vieux naufragé. Il donne autant qu’il reçoit, caresses à la main et au regard.

Comme La femme et la proie, elle exulte. Rire et rire.

Et il n’est plus une licorne mais la force d’un sourire. Et il ne marche pas sur sabots. Il plante pointe puis talon, et il danse, et il l’emporte et il s’en inspire. De sa grâce et son fragile.

- Moi, fait de terre et de feu, avec toi, fée d’air et d’eau, quel sera notre maison ?

Il a toujours des questions. Et qu’il en ait longtemps, longtemps ! Elle l’aime encore et encore quand il prononce l’évident…

Et elle qui n’a pas de réponse, aucun son ne peut lire un songe, lui offre l’abri de son corps, et cherche en lui son auvent. Et par dessus eux, le ciel, le soleil et les nuages, et la poussière qui danse, les emporte, et s’en inspire. De l’amour qui en eux vacille, et qui à chaque fois se reprend, inlassable et éperdument.

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Et la suite, ce serait ça