Débordantesque

Elle ne revient pas sur la dernière séance. Jusqu’à ce que « débordante » je la nomme et cette fois-ci de vivant. Bien loin de moi le propos !

Elle n’attendait que ça.

- J’ai débordé de mots. J’étais intarissable de mon incompréhension… L’autre jour je veux dire. Je vous ai débordée sans compassion.

Violentée pendant 48h jour et nuit d’une indésirable relation. Sans pouvoir lui dire : - stop !

- C’est pourquoi je vous ai laissé vider… ce qui est invidable au fond. Débriefing post-traumatique mal nommé. Violence à nouveau sur violence à nouveau.

- Et ce sont vos mots sur le seuil de la porte  – Et maintenant, au boulot ! - qui m’ont réveillée du trauma d’antan.

Bien souvent, quand l’inanalysable affleure, il est temps de résolution. Et c’est là du simplement.

*

Mercredi c’est la journée des enfants. Et je l’accompagne voir son psy. A quinze heures. Ponctuelles. Elle rentre au Cabinet et prend place sur fauteuil en face à face comme les grands. Et moi, dans la salle d’attente, entourée de jouets infans.

- Aujourd’hui elle m’a demandé vos âges, l’âge de papa et l’âge de maman, et je n’en avais pas la moindre idée et j’ai fait tourner le loto.

Elle vérifie… et sourit des numéros gagnants.

Je n’en mène pourtant pas large. C’est la première fois qu’elle partage le moindre éclat de séance.

Je ravale mon trouble et déborde de rivalité pro :

- Elle te questionne alors ? Tu ne parles pas comme cela te vient ?

Elle fait une grosse moue de surprise et d’enfant.

- C’est le néant… Rien ne me vient. C’est le néant.

Débordée d’impressionnante qu’elle me semble, elle, ma rivalité revient au centre. Déplacée elle était sur la fonction. Je me ressaisis et admire mon enfant :

- Tu connais ça ?

- Je connais ne savoir que dire. Le mot « néant » je l’ai entendu dans un film. C’est pour cela que je sais au moins mettre ce mot.

Puis, sans transition :

- Dis, maman, ce sera qui mercredi prochain ?

- Pour quoi faire ?

- Pour m’accompagner jusqu’à elle.

Pour l’accompagner…

Rideau