Faiseur d’anges

Il ramasse des bricoles à l’extérieur. Il en fait de l’art intérieur, avec les doigts de son cœur. Seulement, me dit-il, le temps passant comme moi sur terre, je n’ai plus à ça le cœur, et mes doigts ce n’est plus ça…

Accoucheur d’un moindre mal.

Et cela fait quarante ans  – voleurs, et lui, dépourvu de sésame revanchard- qu’il a délaissé son art. D’abord pour soigner la folie du père. Tu ne vas pas être créatif comme une frêle demoiselle ! Et Docteur à vie il se voit. Les résultats ne sont pas là. Il lui reste juste les forces de s’économiser à un autre endroit. L’entreprise il rejoindra. Et il deviendra tuyauteur, mais de structures et combats. Vains et courts, sans au-delà.

Et à la ville, et en cachette, il ramasse tout ce qui traîne, faisant plaisir aux seuls amis de ses créations soudaines. Il persiste, mais manque d’artiste, l’éclat, et la vie qui lui va.

Qu’attendez donc vous de moi ?

Que vous attendiez déjà peut-être de tout savoir ! Je l’ai fait, un jour, mon art ! C’était il y a trois ans de cela. J’ai monté un dossier complet d’entreprise en création pour intérieure décoration, incluant, également, références historiques et d’état de l’art diffusion. Non seulement boutique d’études, prototypes et déploiement, mais inédite librairie et de conférences organisation. J’ai juste manqué d’or blanc… Et c’est là, définitivement, que j’ai tout lâché pour de bon.

Et votre rêve, vous a-t-il lâché ?

Il met sa main sur son cœur et me fait le signe d’un non.

Il est ici au plus profond et cela fait presque un an…

Il est temps de l’accoucher, apparemment… D’un mort né ou de quelque chose qui serait toujours vivant. Et que cela ne vous empêche pas, vous, en tout cas, de l’être, un homme entier et pour longtemps.

Et elle touche, malgré elle, la pointe de l’âme en guerre. Elle porte à nouveau des coups, à son insu, à cet enfant qui était resté dans le ventre de sa mère. En cage, il mourait et tuait. Sauf si le père donnait sa foi et son consentement factice. Et ce père c’était lui, et c’est lui qui l’a ordonné. Sans prendre le temps ni le souffle. Il aurait été trop tard. Il aurait été tout autre, peut-être, que son propre choix… Est-ce qu’ils les a recouvré ? Le temps, le souffle, la mère, l’enfant… et son élan ? Jamais vraiment. Il y a laissé la mère, et l’enfant, et sa propre enfance à lui, à tout jamais, évanouie.

Sauf que vous, vous avez le pouvoir… C’est ce que je ressens depuis, que je vous lis, que je vous suis, en cette année écoulée dont je cherche la sortie. Seulement vous suivre davantage, moi, je ne puis. Je me contenterai de vous lire et ce sera bien ainsi.

Le pouvoir c’est lui qui l’a. Et il en use bien déjà, quand il me parle d’Alice dont il aurait repris l’ouvrage juste avant de venir vers moi. Et dont il aurait l’envie… Pour, de moi, échappatoire ? Creux sous chêne ou doux miroir. La chute lui appartiendra.