Les clés de l’Autre

ELLE

« J’étais là, sur l’épais tapis de laine. Allongée. C’était doux.

Je ne sais comment j’avais réussi à dérober vos clés. Alors je suis entrée et j’ai pris le temps, tout le temps, de me dévêtir.

J’ai simplement gardé ces escarpins que des rubans de soie retiennent aux chevilles.
Les fenêtres étaient restées entrouvertes. Les volets encore clos. Et j’aimais vous attendre là, à l’orée du jour. C’était comme un matin d’été au jardin quand le soleil fait fondre la rosée. Les larmes des anges sur le monde.
Et, enfin, j’ai entendu le bruit de vos pas dans la cour pavée… »

Mélina, en coaching depuis quelques mois, envoie à l’aube du jour ces quelques lignes à son coach, à travers les ondes, entre deux séances. Il est au cœur de son rêve de la nuit passée. Et il laisse courir ses doigts, à son tour, sur touches aveugles, comme dans serrures de portes son regard…
LUI
« C’est vrai… Je l’aime tellement!

Que de laisser traîner mes clés bien à la vue des clients.

Sur étagère à l’entrée, ou encore, plus fréquemment, sur table basse, en partage et sans façon. Là-même, où elles posent leur verre après que de mes doigts à l’entour, je les effleure l’instant où je le leur tends.
Seulement elle, elle ne s’y plie pas, à ce rituel de contact.
Et elle ne pose pas non plus, une seule seconde au hasard, sur sésame de mon antre, dédales vers mon avatar, que je sache, son regard.
Et c’est peut-être pourquoi, j’aime qu’elle me convie à son rêve, celui que je n’attendais pas…
Et c’est moi, enfin sans peur et sans esquive, qu’elle rejoint. Barbe-bleue mis au placard, au diable l’ange en moi.
Car je ne serais pas surpris, dans mon rêve de son rêve de la retrouver ainsi.
Son corps nu, comme son âme en séance offerte, je visiterais aussi. Et j ôterais mes mocassins. Moi pieds nus. Elle si élégamment rehaussée. Nous serions à parité.
Et lui laisser me défaire jusqu’au noeud le plus sacré.

Et me laisser aller, moi, à tendrement la déchausser. Me balancer à ses lacets.

A deux, habiter l’éternité, qu’en rendez vous est clôturée.
Puisque si elle a ainsi tant su garder, si longtemps et si en son coeur, le secret de son désir, pour que coaching se fasse et s’étire…
Si à peine dévoilé, ce désir de mon désir, prend mon âme en ces filets, qui de soie restent ouverts…
C’est que coaching a abouti.
Et commence le temps d’aimer! »

La lettre de Mélina et l’amorce de cette trame est l’œuvre d’André de Châteauvieux sur son blog de l’Art de Changer. Encore une fois, je n’ai pas pu résister à tirer le fil d’un rêve dans un autre rêve enchâssé…