Née

Un rai de lumière. Les yeux bridés d’une naissance, n’en perçoivent que le rai, d’une lumière éclatante. Puis rien. Des voix. Des gestes. Un chaos. Rien d’aussi simple.

Et puis aujourd’hui. On lui a bien dit de rester au lit. De ne pas se lever tant que l’heure n’est pas venue. Née prématurée l’est pour toujours.

Alors, longtemps après, encore, elle fixe, comme au premier jour, ce rai de lumière qui se précise.

En grandissant, il minimise.

La douleur. La peur.

C’est elle qui grandit. Et lui, le rai, il s’épaissit : il est couleur, et poussières, et de l’air et de la ressource éternelle.

Elle y accroche son regard. Elle y cherche l’équilibre d’un instant et plus peut-être.

Elle l’habite. Son corps, resté parmi les draps, la quitte.

Et elle parcourt le rai ; elle y pose, un œil puis l’autre, puis l’un à nouveau, et encore l’autre. Comme si de ses mains ou de ses pieds il s’agissait. Mais lumière sur lumière ne pèse rien.

Elle s’enhardit : trois yeux en avant, un en arrière, puis à nouveau et vers l’avant, quatre œillades cette fois.

Et elle se ravise.

Pour en être des fois tombée elle le sait aussi. Qu’au bout du bout, le rai ne serait plus rai si elle allait trop vite.

- Debout maintenant !

Les mêmes mots sont des mots doux, en creux, là-bas, où, en vacance, les siestes sont si paisibles. Sans famille pour un temps. Si peu. Encore si présent…

Les mêmes mots sont des mots durs quand la sieste est impossible, et les matins si difficiles. De sa naissance à l’âge adulte, le gîte. Long temps. Oublions…

Et avant. Encore avant. De chaque temps. De chaque mot. Un seul rai de lumière, et qui inévitablement se brise.

Rien d’aussi simple ne prend la suite.

*