Pêcheur d’hommes

Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes… Et par brassées, ils sortent des Ecoles de Coaching, puis se déversent dans les Entreprises et les Cabinets feutrés.

Il en fait partie. Certifié en moultes pratiques. Cuisinier de l’âme ramenée à quai. Que dis-je ? C’hef étoilé ! Et les tarifs qui filent aussi.

Il l’a rencontrée au sein de la blogosphère. Elle n’affiche pas de médailles, elle. Juste ses hontes et ses peurs, ses tristesses et ses colères. Et toujours dans une joie qui trompe toute sa petite Terre.

Si elle était le Petit Prince, tout serait à son honneur. Comme elle n’est que petite princesse, au test du petit pois sous le matelas on la soumet, sans relâche et avec succès. Car bien qu’elle ait mal, elle le cache. Car bien qu’elle marche, elle crêvasse.

Il aurait voulu l’aider.

- Ce n’est pas comme cela, ma belle ! Il te faudrait au moins un filet… Que voudrais-tu embrasser de tes toutes petites mains et tellement à coeur ouvert ? Veux-tu que je t’apprenne à pêcher ? Mais déjà on les regarde et il s’éloigne embarrassé.

Elle en a vu partir d’autres. Pas tous. Elle le sait bien.

Il est temps, peut-être pour elle, de se poser et d’écouter un de ceux, pêcheur d’hommes, lui aussi, mais qui sait, parler à coeur ouvert, toujours, et de ses mains nues, accompagner.

- Ce ne sont pas tes mains de paix qui feront office de leurre, ma douce soeur, ni les battements décidés de ton coeur, -jouant plus la valse à deux que la marche militaire-, qui ouvriraient ou fermeraient les anses que tu déposes confiante au plus profond de la mer. 

Ce serait plutôt à eux de relâcher leurs poings noueux, et de regarder leurs paumes, et la vie qui trace en elles. De s’assurer que leur coeur bat toujours et qu’il le fait en accord, avec ce qu’ils veulent et avec ce qu’ils ont, avec ce qu’ils sont et avec ce qu’il font.

Seulement toi, tu ne peux pas. Ni ouvrir leurs mains ni ouvrir leurs coeurs. Tu ne peux être que toi. Et cultiver ton jardin, de Grenade la merveille : d’eau, toujours en mouvement, de fleurs, toujours de saison. En faire ta propre ressource, ton abri, ta citadelle. Et l’ouvrir à ceux qui sonnent et y accueillir sans fanfare ni sirène ceux qui acceptent, tout simplement, de passer à travers cadre, de ta porte, qu’à toi ne tienne.

Mais sache bien qu’il n’y aura, que ceux pour qui le moment ce sera, qui verront  à travers gouttes l’arc-en-ciel en embrasure, et y grimperont avec toi. Pour, toujours sans crier gare, – que cela ne t’étonne pas, accrocher d’autres nuages et s’éloigner encore de toi.

Puisse cela t’émerveiller ! C’est la vie et c’est comme ça !

Pêcheur d’hommes est un métier, avec ses codes et ses douleurs. La vie n’est ni métier, ni technique, ni même un art. La vie, cela est, ou ne l’est pas.

Elle lui est reconnaissante d’avoir dit haut et fort ce qu’elle vit petite et frêle. Elle retourne vers le monde encore plus sage et sereine. Ses mains emplies de caresses, son coeur bruissement de fontaine. Et depuis, qui que ce soit qu’elle rencontre, client ou du troquet, serveuse, caissier de supermarché ou président de l’affaire, elle voit dans leurs yeux la flamme qu’elle suscite et elle en est fière. Car c’est un peu son flambeau, de liberté, tenu en haut, qui sur leurs eaux se reflète.

Le coaching ne se vend pas. Il serait mirage isolé, au beau milieu du désert.

Le client n’achète rien. Puisque rien ne passe de l’un à de l’autre les mains.

Le client est retenu, et retient, à son tour, le coach le temps de saisir en lui, ce qui lui appartient, et qui est enfoui. Il est bien vrai que le coach, entretemps, ne peut d’autre rien faire ! Ni pêcher, ni faire pousser des fleurs, ni composer des chansons, ni pointer aux usines d’argent. Alors, des fois, il repêche des hommes au fond d’un trou ; des fois, il arrose et parle aux fleurs qui éclosent sous sa main ; des fois, il recherche des accords, plus ou moins parfaitement, et des fois… il reçoit de l’argent, sans pointer son client du doigt ni même dans sa facturation. De qui cela vient et pourquoi, cela reste étanche et froid. Il prend ce qui reste là, quand les clients s’ent vont, simplement. Pêche miraculeuse peut-être. Nourriture d’une vaillance discrète. Celle qui permet d’avancer, à mains nues et à coeur ouvert. Sans filet.