Sales temps

Allongé…

Allongé, tout s’allonge : le temps, la peine, l’horizon. L’horizon est allongé. Jamais debout. Toujours couché. Mais lui, même la nuit, il la passerait bien debout. Et que le temps s’arrête. Et la peine, et l’horizon. Et qu’il puisse embrasser son enfant. Et que nul ne le voit. Ni celui qui ne le regarde pas, ni elle, qui, tout de lui, elle voit.

- Je t’ai dit de pas porter tes mains à ta bouche ! Elles sont sales !

Il tressaute. Il ne l’a pas entendu arriver. Ou plutôt, elle s’agite toujours tellement qu’on oublie ses va-et-vient. Et l’oublier est dangereux.

Il vaut mieux s’oublier soi-même. S’oublier… Comme ce jour à l’école. Comment ceci a-t-il bien pu se passer ? Aucun souvenir du « comme ». Souvenirs de l’après-coup : sur le chemin du retour, l’oubli et sa couche, dans un sac noué de peur et de honte.

- C’est cruel. Pourquoi ne pas vous en séparer ? Ne pas obéir à l’injuste. Jeter l’opprobe.

- Elle aurait bien vu sur moi que je portais affaires prêtées.

Toujours. En lieu et place d’elle penser. Et s’oublier.

Et la séance d’avant.