Songe d’une nuit d’été

Pendant les travaux d’été en son Cabinet, il a élu domicile chez une amie psychanalyste réputée. Ancienne amour. Le goût de la cure est un langage qui se transmet sur l’oreiller. Et il me reçoit comme l’enfant à qui ont a laissé les clés :

- Viens ! Viens ! Allonge-toi sur le divan « Le Corbusier »…
- C’est un délice en effet. Dommage que pour moi ce soit du passé.

Et nous parcourons les pièces. Et nous rions du goût des autres et de l’entassement d’objets. Archéologie de toute une vie et de rien.

- Bon. Moi je ne plaisante pas trop, tu sais. Je tombe chaque jour, ci et là, sur un objet de notre passé commun. Ou pire encore ! Sur un objet de mon épouse (j’ai été marié une fois) qu’à elle j’avais confié. Il n’y a pas de fantômes. Les fantômes sont les objets. Et quand tu en fais la chasse, ils te reviennent par ailleurs.

Et avant de redescendre pour en ville et en fête dîner, il s’enfonce dans un couloir qui se faisait ignorer.

- Et ça continue par là ? Il est fascinant ton terrier…
- Non, attends. Par ici je viens très peu. Car cela mène à la chambre de mon ancienne amour et son nouveau princier.
- Tu as raison. Chambre parentale nous nous devons toujours d’éviter.

Et il me regarde tout d’admiration et de gaîté.

- Qu’est-ce que tu peux aller vite dans tes apprentissages du métier !
- Si tu savais…

*
De psychanalyste à psychanalyste à brûle-pourpoint :
- Souhaites-tu être célèbre ?
- Autant que toi cela m’irait…
Il sourit.
- Non. Mais célèbre vraiment : consultée, éditée, filmée. En débat avec BHL à une émission de variétés !
- Mais non pas ça. Il joue un rôle.
- Chacun de nous joue un rôle. Ce qui change est selon qu’on exprime des convenances, de la provoc ou des pensées. Des pensées, on n’en voit pas beaucoup à la télé… Creusées. Déliées.
- Sur Facebook je cultive mon jardin.
Et avec Patrick Chemin et bien d’autres créateurs, comme Tanakia, Pierre et André, tapisserie de pensées au soleil et au coucher.
Il faut rester un peu avec le fou. Demeurer un temps avec le sage. L’enfant qui est en nous est désireux de la renommée mais le désir de la gloire est un chemin de pierres. A mi- pente de la montagne nous sommes prisonniers de la fébrilité des brumes. Et l’orage menace les étoiles. Je reste un peu avec le fou qui me dit « Tu es le paroxysme ». Puis je me tourne vers le sage qui me prévient : « Tu es un petit caillou parmi des milliers de petits cailloux ». Alors je ne sais plus trop s’il faut monter ou descendre. L’enfant qui est en moi désire la renommée mais je suis attiré par la lune sur l’étang des silences. Le fou dit « je vais perdre mon corps dans le silence et sa main d’argile ». Et le sage de lui répondre « Le silence est ta main et ton corps est l’argile ». A mi- pente de la montagne et de l’éveil je dois patienter encore. Si je veux être reconnu il me faut gravir un temps d’orgueil. Si je veux demeurer inconnu il me faut refermer la porte. Alors j’ai demandé à Judas et il m’a dit « tu peux toujours écrire sur Facebook ! »

© Patrick Chemin (2011)

*
Et encore et encore : – L’amour n’existe pas. Tu es d’accord avec moi ? Aucun romantisme ne résiste à la vue de l’autre poussant un caddie.
Et je ris. Parce que moi, qu’est-ce que je l’aime ainsi !
Questions d’amour sont sans réponse comme des rêves libres.

*

C’est ainsi que de perle en perle, aspérités d’un dialogue nacré, nous avons hier soir veillé. Et nous n’étions plus psychanalystes, ni homme ni femme, ni maître, ni maîtresse d’une école à créer. Ni au coeur de Paris ni en terrasse branchée.

Je ne sais pas où il était.

Mais moi j’étais en mon pays natal par une douce soirée d’été, il y a longtemps, peut-être jamais.

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