Un chaos dans les yeux

En école privée, que pour « jeunes filles bien » : culture pour briller, écriture pour remercier, comptes pour tenir un foyer, mais le dessin, na, le dessin, par l’Education Nationale matière obligée. Aussi, parmi toutes ces demoiselles, prétendantes et devenir enseignantes, quelques unes désignées, pour combler de leur présence cette heure qui ne sert à rien : le cours de dessin. Et d’un oeil, toujours bien distrait, évaluer, ce qu’elles croient doit être ressemblance avec le modèle imposé. Puis un jour, recevoir enfin, bien plus noble magistère et titulaire s’imposer.

Elle « est appliquée ». En maths, en histoire, en français, mais pour ce qui est du dessin, elle rend de ses gestes gauches le chaos que cache le modèle, et elle « n’y excelle jamais ». A cinq ans, à huit à dix, puis, à douze ans soudain :

- Mademoiselle venez !

Cette prof là sort des Beaux Arts et ne prétend plus à rien, d’autre que dessin. Elle en tremble déjà…

- Mademoiselle, avouez ! Est-ce bien vous qui avez dessiné cela ? Sans modèle et à main levée ?

Elle tremble comme sa main ne tremble pas.

- Oui, c’est moi. Excusez…

- Vous ne ferez désormais que créer…

Sans témoins. Dans l’intimité de l’estrade perchée. Sans plus de mot entre elles. Plus jamais. Sans se départir d’exigence ni de traitement sans faveur, cette enseignante a pour elle désormais tout un chaos dans les yeux. Quel regard pourrait-il mieux la couver ?… Et elle crée, encore et encore aujourd’hui, elle créé, ce dont personne ne se soucie guère.

L’invisible d’une mère.

Sa fille s’exclame ce matin : – J’en ai un peu assez… Ma prof d’arts plastiques ne croit pas que je puisse être moi-même l’auteure de tous mes dessins. – De femmes lignée…