Accroche Coeur

Elle a pris soin de tirer ses cheveux en arrière et d’y piquer une fleur. De laisser bien à l’avant quelques accroche-coeurs. Elle a passé des bas sous sa jupe qu’elle a choisi des plus doux. Elle est en rogne avec ses ongles, cassants, elle ne les pare plus. Il est tellement difficile de cacher à la vue et au toucher les témoins à jamais d’une enfance amputée…

Elle a roulé jusqu’à lui comme souvent elle l’a fait. Elle a eu le souffle coupé en arrivant, et elle sait trop bien, maintenant, que ce ne sont pas les étages qui l’emportent. Il lui a ouvert, la porte, ses yeux et sa bouche en sourire. Il a pris soin de son manteau, de si « ça va », et de ses besoins les plus intimes, avec des douceurs à croquer et la bonne chaleur d’un thé.

Ils ont beaucoup parlé. Plus de silence. Ni atterré ni de détente. Elle s’est sentie vivante. Flamme dans ses yeux. Maintenant elle va pouvoir construire. Et il prendra encore et toujours soin de cette part qui en elle fuit. Non plus d’esquive ou d’en avant course folle, comme jadis. Elle fuit de toutes les larmes qu’elle ne retiendra plus. Et si elle peut, les yeux troubles, la diction hésitante, avancer malgré tout, se faire entendre de tous, c’est qu’il l’aime aussi ainsi.

Alors, quand elle trouve sur le divan, -choix d’assise qu’elle aime faire, pour, avec lui, partager ce voyage côte à côte vers les mêmes destinées-, une boucle de cheveux de châtaigne la couleur, elle n’hésite pas une seconde, et la dissimule bien. Elle pense à toutes ces autres femmes qui se coiffent, et se préparent, comme elle l’avait fait, et qu’il parvient à aimer, avec et sans leurs attraits. Et au lieu d’en être jalouse comme hier, encore, elle l’aurait fait, elle lui est reconnaissante de faire le métier qu’il fait. Et de lui apprendre à aimer…