Cruautés ordinaires

Une fillette dans la rue, typée, très brune. Elle me colle comme collent les filles des gitanes en Espagne. Elle me sourit. Je ne souris pas, agacée. Elle me parle. Je ne comprends rien et le lui dit. Elle répète et j’entends : vous avez un beau sourire...  Je réponds glaciale: pourtant, je ne souris pas. Et elle me dit: quand vous souriez !

***

RER B. Défilé de mendiants.

Un, jeune, costaud, se détache du lot. De par son apparence et de par sa rengaine :

J’ai faim. Je n’ai pas de résidence secondaire. Donnez-moi de quoi manger, à chaque siège, à chaque pas.

Dérrière moi: Bonjour !

Et lui: Bonjour.

Elle: Je n’ai pas de pomme aujourd’hui. Je ne peux pas vous la donner.

Lui: Tant pis…

Elle:  A demain !

Lui:  A demain… J’ai faim. Je n’ai pas de résidence secondaire. Donnez-moi de quoi manger, à chaque pas, à chaque siège, le long de la rame, en large de la vie.

***

Par SMS. Deux rendez-vous annulés. Le troisième confirmé. Difficile de changer de braquet, même sur une boîte à vitesses électronique. Effet plateau. Temps suspendu.

Douces journées -écrit-il.

Lumineuses -lui souhaite-t-elle.

Douceur, lumière et sourire d’apparence. Obscurité et douceur en profondeur, et une fourche qui pique à la gorge. Et un regard, un seul, entre eux. Quatre yeux et un seul regard. Quatre mains et une seule note : le sol, qui se dérobe à leurs pieds.