Eaux qui dorment

Il a le regard des jours difficiles, par les nuits avortés. De suite, je le reconnais. Compagnon de ma compagnie un temps. Ailleurs. Avant.

Un regard mat qui claque. Un regard de moi absent. Puisque du fond de son âme il s’est épuisé un moment.

Sans un mot. Et à peine quelques mouvements, j’appuie mon regard à moi sur de ses pupilles la peau. Caressante. Adoucissant.

Longtemps. Longtemps.

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Il a si peur de la mort qu’il aime de vie semblant. Eaux qui dorment. Apparemment.

- Et si un au-delà au rendez-vous venait ? Que changeriez-vous alors ?

- Ce ne serait qu’un bonus. Ce serait pour moi abandon. Cesser de faire et vivre l’instant.

Son regard vers le ciel porté je suis alors. Et mes mots dessinent d’eux-mêmes, par ricochet d’autres pas, nuageux et vibrants :

- Une sagesse originelle qui remonte de mes nuits m’a soufflé à l’oreille interne : ni enfer ni paradis. Chacun le sien se construit…

Et avec moi déjà il le vit :

- Ce serait comment alors ?

- C’est bien simple. Juste ceci : arrivé à l’embrasure d’un ailleurs et d’un après, une seule question se pose. Une seule réponse vous vient. « Quelle serait pour vous l’amour que de terre vous voudriez ? Amoureuse ou amoureux. » Et seulement si elle ou lui le choix de vous aussi faisait, vous permettre de vous rejoindre et à deux l’éternité. Mais si son choix et le vôtre disparates s’avéraient, l’éternité en solitude, et de déception l’enfer.