Entre séances

Arrêt au feu, vitres de voiture baissées. Le chantier a cessé. Il est midi. Les ouvriers se restaurent. « Vous êtes jolie ! » Je les regarde dans les yeux, clairs, un par un, et je leur dis « Merci à vous vraiment… »

En avance à mon rendez-vous. Quelques rayons de soleil sur un square resté à nu. Je me pose un peu. Deux balayeurs de rue s’avancent et me disent le bonjour. Je leur souris aussi : bonjour… et belle journée, n’est-ce pas ? -Oh oui, Madame. Et ils me racontent leur vie et je leur raconte tout ce qu’il veulent savoir à l’envi. Puis nous nous donnons congé. Le travail de devant les portes des autres venir balayer nous attend aussi. Au plaisir de vous retrouver !

Ils m’ont toujours abordée. Ici et là-bas. Aujourd’hui et auparavant, autant que je m’en souvienne.  Qu’est-ce qu’ils me veulent ? Ne peut-on pas être tranquille quand on est femme et qu’on est seule ? A peine je le supportais. Aujourd’hui je les accueille et découvre le bonheur de regards et mots échangés juste à des fins de vie, simple et décompléxée : être aimable et être aimé.

Entre séances je suis, entre séances je fais, théatre de rue, à votre bon coeur, ce qu’en séance est payé.