Jusqu’à la pointe de l’âme d’André de Châteauvieux

Tu prends souvent les mots pour caresser et dévoiler tous ceux qui acceptent d’en Singulier te rencontrer. Et tu m’as confié ton envie de te faire effeuiller ainsi «dans la confiance qui nous unit» et si j’en ai aussi l’envie. Alors, depuis que j’en rêve, questions insolentes sans outrage mais à outrance, je prends et je cède !

André, toi qui te dis coach de dirigeants et superviseur de coachs, en sage définition, que choisirais-tu comme A.O.C. de ton meilleur cru entre coach à femmes ou homme à coachs ?

Choisir une Appellation d’Origine Contrôlée pour me dire, sage ou insolent, au masculin ou au féminin, nourrirait mon ego gourmand d’étiquettes et de contrôle. Mais cela chatouillerait aussi ma fibre paranoïaque : une peur reçue en héritage me fait craindre un contrôle de mes origines qui mêlent à la fois le sang bleu et le sang noir, le noble et le modeste, le maître et l’esclave. Cette peur anachronique resurgit ici et me fait craindre une police imaginaire du peuple coach. Car, entre fauteuil et sofa, ni vraiment coach ni vraiment psy, plutôt poète et jardinier de l’âme, j’aime aussi dans notre métier métisser les origines et mélanger les genres.

Alors, coach à femmes ou homme à coachs ?

Dans le jardin de mon vieux château, comme les années passées, le millésime 2010 a des saveurs profondément féminines. C’est, je crois, parce qu’il y a tout au fond de moi un manque de jadis, indicible, à fleur d’âme et de cœur, qui attache celles que j’aime accompagner. Chacune voudrait me donner, à leur insu ou en conscience, ce dont elle déborde ou qui leur a manqué aussi. Ce que tu appelles « le mal de mère ». C’était jusqu’alors un délice et un tourment, une source d’attachement et un empêchement au détachement. Je sais aujourd’hui ce manque indissoluble, sur le divan et à jamais. Accepter cela me fait cultiver le féminin dans mon être coach et en mon jardin. Et ainsi les hommes s’y risquent de plus en plus nombreux. Ceux qui dirigent plus que les coachs. Ils viennent, je crois, à la rencontre du doux et du tendre, de l’humide et du moite en eux-mêmes.

Excellent formateur est l’autre étiquette qui te sied. Grand prix qui se renouvelle d’année en année. Ce qui m’interpelle est que tu le sois autant, tout en voulant n’être que coach. Tour de magie que j’essaie aussi d’apprendre avec toi et transmettre ainsi à d’autres coachs ce que j’ignore moi même… Qu’est-ce qui te forme toi, te modèle, t’épaissit, te colore, et qui peut cela pour toi ?

 

Oui, je m’en défends et pourtant ça se fait. Et si je m’en défends c’est que j’en ai envie et peur à la fois ! J’ai l’envie gourmande de partager ce que j’ai reçu de mes maîtres, ce que j’apprends au jardin ou au fil des séances, quand je me laisse écouter, toucher, goûter. Et, en même temps, j’ai peur de m’enfermer dans une position haute ou de savoir, alors qu’au fond de moi je me sens bien vulnérable et libre de ne rien savoir !

Mais ces tiraillements entre l’envie et la peur, la position haute et basse, sont encore des carabistouilles de mon ego. Car, en séance, ça se fait. Malgré nous, malgré nos peurs et nos envies. Il est vain de vouloir transmettre. Ça se donne, ça se reçoit, se mélange, in vivo, dans l’expérience. Ça apprend par imprégnation mutuelle. Ça se forme, se déforme, se modèle, s’épaissit, dans le contact. C’est la magie dont tu parles et que j’apprends un tour de main plus loin avec toi ! Le tour de magie c’est d’oser travailler dans l’entre-nous, à mains nues, sans autre outil que soi-même. Nous sommes alors contagieux de nous, de ce qui surgit, le savoureux et le vulnérable.

J’aime ce que tu nommes ici… Je déguste et continue, à tâtons toujours sur toi.

Te rencontrer, il y a un peu plus d’un an maintenant, alors que j’avais à peine saisi ta part de plume et de sang, juste le superviseur fringant, cela a été comme un coup de pioche tranchant dans la source de mon inspiration–exhalation. Et je me suis mise à écrire tout naturellement. Des fois, la magie ne fait qu’un tour. Qu’est-ce qui t’a plongé, toi, dans l’encrier sombre et sauvage, et quel est ton besoin ou ton envie d’y plonger encore chaque jour ?

 

C’est avec autant d’intensité que le tragique et le romantique, l’obscur et le tendre, le drame et l’amour, se côtoient au fond de moi. Et, jusqu’alors, je préférais écrire à l’encre bleue et ainsi mettre en avant ma part la plus sage. Là encore, mon ego et les princesses raffolent de ces gourmandises poétiques. Mais le sombre s’agite en moi et parfois déborde. Et je découvre, avec celle qui m’accompagne à travers les passages secrets de mon âme et aussi avec ceux qui cheminent à mes côtés, que ma part sauvage est une source tout aussi créative. Et c’est sans dommage pour mon image ! Alors, j’aime maintenant laisser surgir un peu d’encre noire au fil de mes lignes vagabondes. Pour l’instant, entre une femme dont les lèvres ont la froideur d’un caillou, une autre qui murmure des gros mots ou une coach qui plonge le doudou de son client dans l’eau de Javel, c’est encore timide et censuré.

Vivement que l’encrier le plus sombre se vide à ta rencontre… Tu sais que c’est ce qui plus puissamment me hèle en toi.

Entre temps, quelle image aimerais-tu dessiner ici à l’encre bleue ou à l’encre noire, -après tout l’arc-en-ciel n’existe que dans les yeux qui le regardent -, pour mettre fin, comme cela te plaira, à ce nouvel échange entre nous et éclore un pas plus loin pour toi ?

Pour moi, nullement chahuté comme le fut notre premier échange, mais dans la suavité à deux, – nos peurs sinon vaincues pour un instant oubliées -, à laquelle dans le second je t’invitais… Et je t’en remercie du fond du cœur André.

J’ai l’envie de clore entre deux encres.

Il est un lieu, intime, précieux, où le noir et le bleu, l’insolent et le sage, l’amer et le doux, s’affleurent et se murmurent. Un lieu où l’interdit et le trouble, l’obscur et le lumineux, le sauvage et le sacré, en soi et en l’autre, dansent ensemble et s’alchimisent. Sans retenue. C’est un lieu à fleur de peau et de cœur. C’est chaque entre-nous, vivant, complice, que toi tu tentes toujours de déplier avec soin.

Comme ici où tu me prends au mot. Tu me prends à mes maux et au-delà.

Toute ma gratitude pour toi et pour cet instant où j’aime me laisser faire à ce que j’aime faire aux autres.

Et continue, Eva, à déplier en toi et en l’autre ces espaces libres et fragiles. Jusqu’à la pointe de l’âme.