De l’allure au fond

L’allure est souvent confondue avec le rythme qu’imprimerait le corps : lent, rapide, fluide, saccadé, clair, brouillon… Notre dessin dans l’espace, notre économie du temps.

L’allure est pour moi, pourtant, de notre âme la plus sensible expression.

Allure qui fend l’air un instant, avec plus ou moins de façons, et le déplace à l’entour.

Allure touche aussi tout autant, autour de nous large champ, que tous ceux qui sommes dedans.

Notre allure berce le blé et porte ombrage au soleil, qui nous sourit de l’affront. Ou bien elle écrase et pourfend.

Elle peut remplir carnets de bal. Ou bien les déserter à jamais. Notre allure nous attire ou nous défend, des autres l’âme et le corps.

Notre allure est notre allant, mais aussi notre retenue.

Mélange de oui et non.

Très savant dosage aussi.

Le tout n’est que pour l’aimé… L’amant n’est qu’allure alors ?

Qu’est-ce que j’aime tant de lui ? Comment son âme me prend ?

Son âme m’apparaît bien droite. Et souple aussi. Comme de rive roseau. Elle est posée et agile. Affirmée et sensuelle. Dans chacun de ses mouvements. Et quand elle se déplace, dans la rue comme au jardin, en chambre ou en mondanité, elle demeure, vers moi tournée, tissant au sol doux sillons. Point creusés, mais évidence, de la terre qu’elle remue, parnasse de mon abandon.

Porter mon âme jusqu’aux cieux, il le peut et il le fait, de son balancier d’amant.

Place soufflée à l’espace. Temps effacé aux cadrans.

Deux allures s’épousant, font somme nulle.

L’âme de fond.