Bohème

C’est un premier roman. D’amour épistolaire : mails, SMS, pigeons voyageurs… De part et d’autre de l’Atlantique. De part et d’autre d’un même être : l’homme, quand il crée et quand il se meurt. Et les deux vont au ciel.

L’enfer, cette nuit, n’est que la somme de toutes les choses tues au fond de moi, toutes ces choses que je voudrais vous dire et qui restent muettes parce qu’elles sont impossibles à dire. Je m’obstine à nourrir cette idée, on ne peut pas tout dire. On n’a pas les mots, le langage est épais, nos cerveaux étroits, ça résiste, ça encombre, ça rend le malheur chaque jour un peu plus grand. Vous me comprenez ? C’est pour ça que je vous écris, non pas pour m’alléger, me faire ma petite thérapie, me fasciner moi-même à voix haute, me contempler en écrivant, mais parce que je suis incomplet, très limité et que la vie est trop vaste. Ce n’est pas du romantisme. ou alors c’est un romantisme nouveau, actuel, actif, hardcore & soft, celui que je veux pour nous.

Finissez vite Tristan. Enfin pas vite mais finissez. Ne vous ménagez pas, allez au bout de cette histoire, faites-le pour vous, faites-le pour moi, faites-le parce que vous n’avez pas le choix.

Quand je serai face à vous, vous n’aurez pas besoin de me dire que vous avez bien travaillé, je le verrai dans vos yeux. Alors j’embrasserai votre belle fatigue et je serai fier de vous.

Je suis là, aussi loin et aussi proche qu’avant. Je ne peux pas dire que rien n’a changé  car tout change chaque jour mais je suis là, ne sombrez pas dans l’inquiétude comme je le fais si souvent. Pas vous !

Le moment de nous rencontrer et de nous retrouver approche. Nous allons inverser les rôles, si vous le voulez bien. Je serai le metteur en scène. Je vais tout préparer. Vous parlez de votre retour chez vous, à la maison, à Paris. Oui, mais comment cela va-t-il se passer concrètement ? Y avez-vous pensé ? Moi oui. Je sais parfois être concret. Donc, comment ferons-nous ? On se retrouve dans un café, dans un restaurant, chez vous, en bas de chez vous, dans une rue, un parc, un musée, sur les bords de Seine ?

Aucune de ces solutions ne me convient. Il faut autre chose. Quoi, je ne sais pas encore mais je vais trouver. D’accord ? Vous me suivez ? Jérôme

Vous avez raison et je vous suis. Pierre

Olivier Steiner