Du domaine des murmures

Emmurés dans le cloud en partage. Enfoncés dans le vacarme ambiant. 21ème siècle de « et rôde… »

Carole Martinez nous en fait sortir le temps, long, de tourner quelques pages, l’espace, court, d’un dépouillement. 17ème des « châteaux rongés par les vers dedans ». De mon professeur de Littérature expression…

Du domaine des murmures est son deuxième opus, et l’oeuvre d’une vie. Celle d’Esclarmonde et son songe d’une nuit et à jamais. Et celles de tant d’autres personnages, fantastiques de réalité.

Bérengère, géante aux algues pour cheveux, vert véronèse à souhait.

Lothaire, prince de la Belle dormant, à la vièle désaccordée.

Elzéar sans nom, le fils réduit, et le Seigneur des Murmures, le père démesuré.

Et des paysages à n’en plus finir, du rosier sauvage à portée des doigts emmurés, puis l’érable, la rivière et la forêt, au orangers des terres d’Acre, tombeau du Christ et du père. A portée des doigts coupés.

« J’ai vu ses doigts maigres se poser sur leurs paupières tièdes avec la même tendresse paternelle. Plus rien ne l’animait que cette tendresse, ce sentiment doux dont il n’avait jamais avant cet écroulement final. Sans révolte, sans orgueil et sans force, absolument démuni de ce qu’il avait longtemps cru essentiel à un homme de sa trempe, mon père a compris que son sentiment dernier serait cette tendresse, qu’elle seule avait pu résister à cette horrible guerre qu’on disait sainte, qu’elle seule le tenait encore en vie, alors même qu’il avait passé la plus grande partie de son existence à l’ignorer ou à la combattre. »