Eloge de l’amour

Alain Badiou au Festival d’Avignon le 14 juillet de l’année éternelle (200-8) :

« Mais Lacan pense aussi tout le contraire (…) Alors que le désir s’adresse dans l’autre de façon toujours un peu fétichiste, à des objets élus, comme les seins, les fesses, la verge…, l’amour s’adresse à l’être même de l’autre, à l’autre tel qu’il a surgi, tout armé de son être, dans ma vie ainsi rompue et recomposéé. »

En 2009 publié, Éloge de l’amour, par Flammarion Champs essais

Et apprendre du philosophe conscient du transfert qu’il provoque, son corps saisi de sa prose, que l’amour est une épreuve, pour l’Un : il s’agit de vivre une épreuve du point de vue de la différence. Que l’amour est éternel-le, Scène à Deux : mais j’essaie de proposer une conception de l’éternité moins miraculeuse et plus laborieuse, c’est à dire une construction de l’éternité temporelle, de l’expérience du Deux, tenace point par point.

Des moralistes français jusqu’à Lévinas, qui dans son Humanité au grand H, le déménage, en passant par Shopenhauer et jusqu’aux Surréalistes, les philosophes ont souvent maltraité l’amour, lorsqu’ils l’ont traité. Alain Badiou les reprend au propre comme au figuré, avec amour insensé, et nous livre sa pensée, limpide, et sa propre chair :

Cela ne m’est arrivé qu’une fois dans mon existence, d’abandonner un amour. C’était mon premier amour, et j’ai été progressivement si conscient que cet abandon était une faute que je suis revenu vers cet amour inaugural, tard, bien tard – la mort de l’aimée approchait – mais avec une intensité et une nécessité incomparables.

Comme ici, et avec vous.

Et à Nicolas Truong, qui se prêtait lors de l’événement au jeu des questions-réponses et qui a enrichi l’ouvrage de ses propres références, en passant, nous devons : l’extrait du livre d’André Gorz, Lettre à D. Histoire d’un amour.

« Tu vas avoir quatre-vingt-deux ans. Tu as rapetissé de six centimètres, tu ne pèses que quarante et cinq kilos et tu es toujours belle gracieuse et désirable.

Cela fait cinquante-huit ans que nous vivons ensemble et je t’aime plus que jamais.

Je porte de nouveau au creux de ma poitrine un vide dévorant que seule comble la chaleur de ton corps contre le mien. «