En compagnie de soi

Cela aurait pu être La Compagnie des Indes que ce départ impromptu vers le Sud-Est, proche, moyen ou lointain. Par avance ignoré. Mais surtout « ne songer qu’au long ruban hypnotique et finir par abandonner sur les bas côtés quelques cadavres de sa mémoire ».

Ce sera La Compagnie des femmes  par Yves Simon et pour ses lecteurs dont je suis une fois de plus. Et quelques cadavres en partage, exquis de poudroiement, mais aussi les haut côtés d’un émerveillement : « la vie secrète des femmes, les règles, les retards de règles, l’ovulation, la fécondation, les avortements, tout d’elles me faisait fondre. » 

Ephémères histoires qui composent l’autobiographie poétique souhaitée par l’éditeur. Et une seule infinie, éternelle, dont l’auteur s’éloigne en croyant mieux l’étreindre, et qui l’attire irrémediablement de retour au plus insignifiant et tendre  :

« A chacun de mes pas, j’espérais Léonie, la figeait dans un avenir brumeux, elle à mes côtés, l’ombre et la lune collées à nos nuits.

(…) Qu’étais-je venu trouver que je n’avais pas, à huit cents kilomètres de mon sanctuaire parisien ? Des émotions, une douceur de l’air ? Un désir inconnu, enfoui en moi et que je n’aurais su nommer ? Désir d’écrire, désir de voyage, désir de Léonie, le désir se moque des futurs disait-on : avec lui point de lendemain. Pourtant je n’imaginais que l’avenir avec cette femme, accompagné de son corps, de ses mots, de sa beauté d’âme pour visiter le monde à mes côtés. L’essentiel étant de jouir non des corps, mais du temps. Celui à passer ensemble en regardant s’évanouir la mort. Personne ne remplace les amants dans leur volonté d’agir l’un envers l’autre, ils s’aimantent sans se lasser d’exister. Je pensai qu’aimer n’était pas un tropisme passager, mais une manière de mettre en lumière ce que l’on porte depuis toujours à l’intérieur de soi. pareil au besoin d’écrire, de respirer, de s’émerveiller d’une tombée de neige, mon désir de Léonie était une lutte envers le désordre, contre la dégradation des corps et des promesses.

« -Ou allez-vous? -Je n’sais pas. – Comment saurez-vous que vous êtes arrivé ? «  avait perfidement prédit Raymond, mon vieil auto-stoppeur. Je n’avais pas encore songé au moment où je ferais machine arrière, où je déciderais mon périple terminé. La Ciotat, Nice, la frontière italienne, et pourquoi pas Venise, la ville du gouffre ? Elle arriverait bien, cette subtile seconde où je jugerais mon voyage parvenu à son terme. D’ailleurs, c’était la première fois que cette pensée m’effleurait depuis mon départ. Quand déjà ? Trois jours. Autant dire rien. J’en restai là, ne fis pas, par pur réflexe, le signe de la croix et décampai sur-le-champ. »

Et c’est qu’il savait tout déjà en partant :

« Nos corps se souviennent qu’ils se sont beaucoup manqué » dit -elle. Je me sentis irrespectueux et carrément mufle de ne pas m’être décidé à épouser, en silence, cette femme. Pas devant Dieu ni devant les hommes, mais pour une éternité en moi, secrète. »

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