Enfin

Edward St. Aubyn est né a Londres en 1960. Après Le goût de la mère, et Un peu d’espoir, Enfin, autour du cercueil de la mère est l’ultime volet de sa saga familiale. Et ce cercueil emporte le double du héros, et le héros lui-meme, Patrick Melrose, s’emporte, au bout du fantasme. Enfin.

Personnalité limite passionnante en sa dernière ligne enfin droite :

La nouvelle de la mort de Nicholas pénétra lentement Patrick. Il le revit, dans les années soixante, dans une chemise Mr Fisher a fleurs et a jabot, lançant des traits venimeux au cours d’une conversation sous un platane à Saint-Nazaire. Il imagina le petit garçon qu’il était à l’époque, brisé et enragé au plus profond de lui, mais dote d’un moi héroïque, qui avait un jour mis fin aux sévices de son père d’un seul refus décide. Il savait que, s’il voulait comprendre le chaos qui était en train de l’envahir, il devrait renoncer à la protection de ce fragile héros, de même qu’il avait du renoncer a l’illusion de la protection de sa mère en reconnaissant que ses parents avaient été des collaborateurs autant que des antagonistes.

Patrick s’enfonça plus profondément dans le fauteuil, se demandant jusqu’où il pourrait supporter tout cela. Qu’elle absence de consolation était-il vraiment prêt à endurer ? Il serra un coussin sur sa poitrine comme s’il s’attendait à recevoir un coup. Il avait envié de sortir, de boire, de plonger a travers la fenêtre dans une flaque de son propre sang, de ne plus rien ressentir, mais il contrôla suffisamment sa panique pour se redresser et laisser le coussin glisser sur le sol.

Ce qu’il pensait pouvoir supporter émanait peut-être en partie ou en totalité de la pensée qu’il ne pouvait le supporter. Il ne savait pas vraiment, mais il fallait qu’il le sache, et il se laissa gagner par le sentiment d’une totale impuissance qu’il avait sans doute passé sa vie à essayer d’éviter, et attendit qu’il l’anéantisse.

La suite ne fut pas ce qu’il attendait.

Au lieu d’éprouver cette impuissance, il ressentit simultanément l’impuissance et la compassion pour l’impuissance, l’une suivant l’autre, comme une main qui cherche a soulager un tibia ou une épaule douloureuse.

Finalement il n’était pas un petit enfant, mais un homme face au chaos de la petite enfance qui envahissait son esprit conscient.

La compassion se développant, il se vit sur le même plan que ses persécuteurs, il vit ses parents, la cause supposée de ses souffrances, comme des enfants malheureux ayant souffert a cause de leurs parents ; personne n’était a blâmer et chacun devait être aide, et ceux qui semblaient les plus a blâmer étaient ceux qui avaient besoin de la plus grande aide.

Pendant un moment il se tint à l’idée qu’il était inéluctable que les choses fussent ce qu’elles étaient, le ground zéro d’événements sur lesquels étaient bâtis les gratte-ciels de l’expérience psychologique, et comme il imaginait qu’il n’était pas coupable de sa vie, l’obscurité impénétrable du non-dit se transforma en un silence parfaitement transparent, et il vit dans cette clarté une possibilité de liberté, la fin de son opposition.

Patrick se renfonça dans son fauteuil et se laissa aller devant la vue. Ses larmes se tarirent en coulant sur ses joues. Il avait les yeux secs, une sensation de fatigue et de vide. Était-ce cela que l’on entendait par paisible ?

Il devait y avoir plus, mais il ne prétendait pas en être un expert.

Il eut soudain envie de voir ses enfants, de vrais enfants, pas les fantômes des enfances de leurs ancêtres, de vrais enfants qui avaient une chance raisonnable de profiter de leur vie.

Il décrocha le téléphone et composa le numéro de Mary. Il allait changer d’avis. Après tout, Thomas avait dit que c’était fait pour cela.