L’aimer ou le fuir

Et si ce n’était pas Colette qui parlait ? Et si ce n’était pas Delphine qui l’écrivait ? Et si ce n’était pas Eva qui le lisait ? L’aimer ou le fuir serait ?

- Je l’ai écrit comme je le pense…

Me confiez-vous en aparté. Et vos pensées sont partagées.

- Faites-moi signe quand j’aurai à mon tour le plaisir de vous lire.

Et vous écrire tout simplement alors me vient.

J’ai entendu Colette dans ce roman comme je pourrais l’entendre en séance. Comme je pourrais m’entendre moi-même en sa présence. Et je vous ai entendue vous, Delphine, comme je m’entends en écriture divine. Celle que je ne contrôle pas. Vous m’avez emmenée en liseuse comme ce que j’écris me prend et va.

Au-delà de l’histoire qu’on se raconte. Du style qu’on nous prête. Coup de patte ou de griffe. Coussinets molletonnés, paume à plat ou acier trempé. J’aime imaginer que ce qui tient, non seulement le récit, mais l’haleine surtout, de celui qui voit et écoute, sont les quelques fleurs sauvages et herbes folles et disparates qui envahissent notre jardin, d’écrivain et de lecteur. Perles leur dit-il aussi mon ami poète et vrai. Lui, qui aime plutôt plonger, dans les abysses noires et bleues.

Ce sont quelques unes de ces perles, de ces fleurs, que j’ai aimé enfiler dans la toile partagée. Ce sont elles vos pensées. Ce sont elles partagées. Et ici au fil de l’eau, quelques unes encore et encore. Au détour de vos jardins quelques pousses d’enchantement.

« Je découvre que le désir d’un homme est une chose grave
contrairement à ce que disent les femmes qui n’ont jamais été profondément désirées. »
« Il y a bien des gens qui ne font leurs erreurs qu’à moitié. Moi, je veux la grâce. »
« Moi je rate les trains… Je suis une femme que l’on suit. »
« Quand on aime on attend… Et un jour c’est vous qui m’aimerez. »
« L’appartenance à un homme devient même le comble de l’intelligence. »
« Toute ma vie je chercherai à éclore, éclore encore ou je mourrai…
Mais… on ajuste, on cisaille, on creuse. Oui, c’est cela .
Je me demande si le destin humain n’est pas de changer mais d’affiner sa vraie nature et de l’imposer. »
« Exister ou exciter, c’est pareil. »
 » Vivre, je ne sais pas… »