Le complexe d’Andromaque ou du trou originel

Elle a quatorze ans et elle me parle beaucoup soudainement, de son père et de moi-même, durant son enfance et à présent ; des hommes, des garçons, des difficultés de relation. Puis elle redevient petite fille et elle sort de son cartable Andromaque de Racine et son souci d’étudiant :

- Je ne comprends pas certaines choses.

- Comme par exemple ?

- Cela fait beaucoup référence au sort…

- Oui. C’est une tragédie. La vie est régie par la fatalité dans ce présupposé là.

- …Et à l’ordonnancement de l’autre.

- Décider à sa place…

- C’est le sort qui en est sujet ! Andromaque se trouve confrontée à un choix terrible : la mort de son fils ou épouser l’ennemi.

- Cela semble sans issue. Mais dans cette version de Racine c’est l’amour au delà de la mort qui la guide. Celui pour le père de son fils, et il en sauve le fruit, et il se refuse, en dernier ressort, à autrui.

Nous serons toujours « sujet » tant que nous en saurons le « pourquoi » et le « comment », et le « pour quoi » nous agirons.

Et l’amour échappe au sort, car il se construit ou s’abandonne. A deux qui sont uns à chaque instant.

*

Ceci est un complexe de plus de moi, librement inspiré par ceux, qui n’ont as pu se faire aimer et dés-aimer, et qui n’aimeront qu’une fois, la mort étant leur amour le plus fidèle. Et la vie le vide autour.

Le sentiment d’incomplétude est le propre du névrosé, et Racine, un psychanalyste du XVIIème siècle qui en fait son miel. Il ne nous livre pas l’enfance du héros ou l’héroïne, pour mieux la mise en abîme.

Faire couple avec son fils aurait été que de préférer, dans la chaîne signifiante, le père à l’amour choisi, même parti. Là où il semblait avoir impasse, à chacun de ces deux choix, il y a un ciel au dessus de soi.

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Didier Anzieu

ETRE PSYCHANALYSTE

Du point de vue médical, la psychanalyse est la guérison des points de souffrance d’un individu auprès d’un autre qui accueille, contienne, comprenne et en explique les causes.
Comme la psychanalyse n’est pas que pratique médicale mais processus de connaissance, du point de vue philosophique, c’est tout simplement l’accès à la sagesse.
Les bienfaits sont de l’ordre de la liberté intérieure, et de réduction de la liberté extérieure ! Car cela implique des renoncements… Le renoncement à des élans dépassés, à toute la fantasmagorie infantile.

Et ceux qui choisissent « le mortifère » en eux, à la limite de l’analyse ils sont parvenus. Tant que le choix n’est pas fait, l’amour peut encore être, et l’être en lien à la vie amarré.