Le désir, la mort… et la croissance

« Sans doute faut il se demander si, dans ce monde absurde, où tout le monde veut consommer plus, sans véritablement oser cesser d’épargner, il ne faut pas mieux tenter de comprendre ce qui se cache derrière la consommation : Elle est avant tout un rapport a la mort.

Elle l’est évidemment pour la satisfaction des besoins premiers: la faim, la soif, le logement, qui protègent de la mort. Elle l’est aussi, mais tout autrement, une fois ces besoins couverts , (comme c’est le cas pour une part significative de l’Occident en crise) : En achetant un objet ou un service, chacun se rassure, inconsciemment, en pensant qu’il ne mourra pas avant d’avoir utilisé ce qu’il vient d’acquérir ; plus encore : contempler sa garde-robe, sa bibliothèque, sa discothèque conduit à penser, sans même se l’avouer, qu’on ne peut mourir avant d’avoir porté, lu, entendu tous ses vêtements, tous ses livres, tous ses cd.

Rien n’est plus rassurant que de regarder le temps cristallisé de sa vie à venir.  Au total, la peur de la mort est donc la source de tout désir.

Désir d’épargner. Désir de consommer. Epargner, c’est s’assurer. Consommer c’est se rassurer. L’équation infiniment complexe de nos sociétés, qui veulent entretenir leur mouvement, est alors de maintenir le délicat équilibre entre l’assurance et la distraction, entre la couverture rationnelle du risque et sa conjuration fantasmatique. Plus nos sociétés prennent en charge le risque, plus elles laissent de l’espace à la distraction. Si elles veulent entretenir leur dynamique, et sortir de leur langueur, nos sociétés doivent donc maintenir infiniment présente la réalité de la mort et organiser de façon crédible la couverture des risques que celle-ci implique. Pas étonnant qu’elles soient en crise : elles font exactement le contraire. »

C’est ce qu’écrit cette semaine Jacques Attali en Conversation sur le blog de l’Express, alors qu’en parallèle, sur son propre blog, il encourage la prise de risques dans le Rapport fnal de la Commission pour la libération de la croissance.

Au delà du pari économique audacieux et qui me va, je relie ces messages à ceux reçus aujourd’hui en journée étude sur le thème de la perte de repères symboliques et d’objets de désir au Travail organisée par le G.R.A.A.M. (Groupe de Recherche Appliquée à l’Accompagnement du Management). Il a été question de pulsion de mort, celle qui tempère le rêve mégalomane de réalisation personnelle au Travail sans sa part de sacrifice, et qui permet très justement au sujet de ne pas aller si loin qu’il se tue à la tâche et de laisser aussi place aux rêves des Autres.

Mal-Heureuse de cueillir ainsi la souffrance de mon désir comme ce qui fait fleurir les projets de mes rêves au milieu des autres beaux projets que sont ceux des Autres !