Normal…

La construction du choix hétérosexuel normal («normal» dans le sens social et anthropologique) passe forcément par des moments divers avec des inhibitions et surtout des angoisses, des hésitations, souvent des fantasmes et quelques fois même des actes homosexuels, avant de se stabiliser dans la relation à l’Autre sexe. Pourquoi cela ? Pour plusieurs raisons, mais notamment parce que le fait d’aller vers l’Autre sexe implique, très souvent, traverser une aire emplie d’angoisse. Dans ce sens, dans la relation avec les personnes proches appartenant au propre sexe (frères ou soeurs, parents du même sexe, amis ou amies, etc.), les motions homosexuées (même si elles ne sont pas définies de cette façon sur le moment) sont forcément mobilisées et sublimées. L’amour pour le parent du même sexe, ainsi que l’amitié, fonctionnent freudiennement sur une sublimation de l’homosexualité qui nous est propre à tous. Cette homosexualité «normale», pas forcément agie d’ailleurs mais étant pure tendance diffuse, n’est qu’un passage dans la construction du choix hétérosexuel, avec toutes les fragilités que celui-ci comporte. Il y a également les cas où, lors de l’adolescence par exemple, une amitié amoureuse, voire carrément un partenaire du même sexe peut être plus rassurant et plus facile à manier pour le jeune sujet. Ainsi, parfois bousculé de toutes parts lors de l’enfance et de l’adolescence (vécu familial traumatique, angoisses, excès, inhibitions, culpabilité, séduction, manque d’affirmation ou d’expérience, complexité de l’amour), le choix hétérosexuel peut posséder une grande fragilité qu’il s’agit de dessiner et de renforcer tout en combinant désir, pulsion, amour, jouissance et castration.

Le problème de l’homosexualité vraie est lorsque le sujet reste fixé à cette homosexualité «normale» (appartenant à la construction de l’hétérosexualité) sans pouvoir aller vers une hétérosexualité accomplie. Lorsque ceci arrive, très souvent juste après la puberté, il est très difficile, voire presque impossible, de faire revenir le sujet dans le circuit normal de la construction de l’hétérosexualité de choix. Alors, l’homosexuel devient un hétérosexuel de base mais fixé au stade du choix homosexuel. En cela, mais seulement en cela, c’est-à-dire s’il s’en tient là, l’homosexuel ne serait  pas un pervers. Mais probablement un névrosé dont le symptôme principal ne pourra jamais être complètement supprimé car, dans la majorité des cas, passé la période post-pubertaire, la cristallisation de la jouissance sexuelle est immensément tenace. Le travail analytique avec ces homosexuels devient alors à leur aider à combattre, le plus efficacement possible, la multitude de traits de perversion, qui accompagne leur phobie de l’Autre sexe, pour qu’ils vivent en sérénité leur choix sexuel. Pour mieux vivre leur homosexualité, ils sont donc obligés de pacifier leur relation avec l’hétérosexualité qui malgré tout leur est propre. Tout cela, parce que, pour cause de la différence des sexes, qui encadre toute forme d’expression sexuelle, y compris sa perversion, il n’y a pas de rapport proprement homosexuel. En effet, entre un homosexuel et un autre homosexuel, son partenaire, il y a au centre et tout autour l’hétérosexualité de base.

Par ailleurs, l’homosexualité n’est pas la seule production problématique de l’hétérosexualité. La frigidité, l’éjaculation précoce, l’impuissance, les addictions sexuelles, la nymphomanie, le priapisme, les souffrances liées à l’amour-passion, les mariages forcés, les unions froides, sans amour ou sans sexualité, les divorces très conflictuels et les enfants de ces divorces, le sado-masochisme, le voyeurisme, l’exhibitionnisme, l’échangisme, la pornographie, les violences conjugales, les viols, les infidélités, les ménages-à-trois, la jalousie, l’indifférence amoureuse, les fantasmes obsédants ou les cauchemars de la nuit sexuelle…, tous ces phénomènes, traits, signes, troubles ou symptômes, certains légers, d’autres très graves, peuvent osciller selon les époques, selon les sociétés et selon les cultures, mais appartiennent tous au vécu profond de l’hétérosexualité. Dans les psychothérapies, les cliniciens et ceux qui en sont atteints oeuvrent contre de telles souffrances ou jouissances malsaines, cependant ce n’est pas pour cela qu’ils vont rejeter pour autant l’hétérosexualité elle-même.

Clair net et précis que ce brillant article du point de vue clinique, fondé dans la refléxion, les sources et la pratique  : ARCE ROSS, German, « Il n’y a pas de rapport homosexuel », Nouvelle psychopathologie et psychanalyse. PsychanalyseVideoBlog.com, Paris, 2013.
Je partage, et sa version intégrale en lien, avec tout le respect pour la névrose hétéro ou homo ou d’abstinence ou de perversion que chacun de nous nous choisissons et que j’accompagne de tout coeur pour un accordage au moins souffrant.