Rien ne s’oppose à la nuit

« J’écris Lucile avec mes yeux d’enfant grandie trop vite, j’écris ce mystère qu’elle a toujours été pour moi, à la fois si présente et si lointaine, elle qui, lorsque j’ai eu dix ans, ne m’a plus jamais prise dans ses bras. »

Delphine de Vigan écrit sa mère, trace une mémoire, balise un chemin de vie, impossibles à pic d’elle.

Delphine de Vigan plonge de la science exacte de sa plume dans l’encre noire de la psychose , aux reflets irisés de tant de couleurs qu’elle ose. Sur pages en dentelle grise et chair, rubans de sang les liens, d’abondance cornées.

Une oeuvre à découvrir et chérir, comme l’oeuvre d’une vie, et la nôtre. Incontournable unité de valeur pour ceux qui prétendent accompagner tout, et n’accompagner rien : être auprès de l’Autre le plus autre.

« C’est cela (…) le trouble mental (…), ce jaillissement en geyser d’une protestation intérieure timide ou longtemps enfouie, l’expression soudaine et brutale d’un refus de se laisser dorénavant manipuler ou détruire, qui se traduisent par un décalage de ton, une hauteur de son, insupportables à des oreilles normales.

J’éspérais que l’écriture me donnerait à entendre ce qui m’avait échappé, ces ultrasons indéchiffrables pour des oreilles normales, comme si les heures passées à fouiller dans les caisses ou assise devant un ordinateur pouvaient me doter enfin d’une ouïe particulière, plus sensible, telle qu’en possèdent certains animaux et, je crois, les chiens. Je ne suis pas sûre que l’écriture me permette d’aller au-delà du constat d’échec. La difficulté que j’éprouve à raconter Lucile n’est pas si éloignée du désarroi que nous éprouvions, enfants ou adolescents, quand elle disparaissait.

Je suis dans la même position d’attente, j’ignore où elle est, ce qu’elle fabrique, cette fois encore ces heures échappent au récit et je ne peux que mesure l’étendue de l’énigme. »

Et ce titre ? Encore un rien. Rien ne s’oppose à la nuit.

Le titre musical d’Osez Joséphine par Bashung orchestré.

osez, osez Joséphine
plus rien ne s’oppose à la nuit
rien ne justifie
usez vos souliers
usez l’usurier
soyez ma muse
et que ne durent que les moments doux
durent que les moments doux
et que ne durent que les moments doux
que ne durent
osez, osez Joséphine
osez, osez Joséphine
plus rien ne s’oppose à la nuit

Osez, Usez, Soyez

Et que ne durent que les moments doux.

Puisqu’il y aura la nuit sur nous.

Rideau d’un jour.

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