Sales et bienfaits

De pleine actualité sont ces coachs, qui témoignent, de leurs démarches et expérience, en ouvrage collectif « Artisans du Devenir », par Malarewicz introduits, de même que « Secrets de Psy » autour de Christophe André réunis. Consultez-les toujours pour leur humain contenu, mais surtout – en accompagnateurs labourant leur propre champ et horizon, et pour ceux qui tiennent aussi des jardins de ressourcement – suivez le, un peu plus tortueux et long et profond sillon, que l’« Itinéraire d’une Psychanalyste » creuse tendre et vaillant en terre d’accompagnement.

Vous êtes sale… je peux tout vous dire, est ce qu’a maintes fois entendu Cécile Sales de bouche de ses patients. Et elle en a repris le sens pour introduire son propos.

Comme cela est pendant les séances – la mémoire est plus conteuse qu’historienne – Cécile de Sales bâtit pareillement les siennes : « un récit sans complaisance ni nostalgie, où s’entendent des douleurs, celles endurées, celles infligées, sans jamais qu’on le veuille, ni non plus sans que l’on puisse l’éviter… »

Ecoute, silence, parole, transfert et contre-transfert. Les basiques émergent à tous les coins. Comme dans le voyage psychanalytique. Sans ordre ni concert. Bien plus souvent par surprise :

« Les premières paroles de cette jeune femme : « Je compatis au deuil qui vous frappe » font surgir mes larmes. Je m’y attendais si peu, comment a-t-elle su ?

Brusquement la réalité extérieure que je m’efforce de laisser à l’extérieur de mon bureau a fait irruption. »

J’ai aimé son histoire, car avant toute autre chose ce sont les enseignements de sa propre psychanalyse qu’elle dévoile. Si pleine de résonances que j’en ai eu le souffle coupé, à m’y reprendre vaillamment pour pouvoir aller jusqu’au bout et mieux découvrir sa pratique.

Je l’ai aimé cette pratique, mélange de sages savoirs – être, faire et avoir – et, par-dessus, tout de présence à l’autre et à soi : « Surtout ne pas adopter une posture mais assumer qui je suis, trouver mon propre chemin, me fier à moi-même, à ce que j’entends, à ce que je pense et à ce que les lectures, les observations et les connaissances accumulées m’ont permis d’assimiler comme le corps le fait avec la nourriture. »

Il y aurait tant de choix d’extraits et développés à reprendre ici – aspects essentiels de l’accompagnement, vécu et vivant – que je me permets, pour une fois, de mes propres mots en devenir moi aussi conteuse, et aligner seulement quelques cailloux de petit poucet, miettes pour les oiseaux.

Premier repère partagée pour moi, cette capacité à faire confiance au patient, qui n’est pas malade mais courageux explorateur de ses bas fonds. Qui veut trouver des liens et en faire des séparations, pour mieux libérer enfin sa propre expression. Attention particulière à libérer la parole aussi longue te profondément qu’il sera nécessaire. Les mots dits comme écrits font décoller des étoiles au milieu du chaos. En coaching aussi, permettre de contenus l’ouvrage et non seulement de processus le repérage.

Crucial aussi d’accepter sans condition les places que le patient donne – en situation de transfert, si variable d’une personne à l’autre – et accepter ses besoins comme étant déterminants. Seul le patient sait, mais cela, il ne le saura, lui, qu’au bout de son voyage : pendant, il a besoin de croire son accompagnateur sachant et donner ainsi matière à ses propres projections.

Ainsi, telle personne a besoin d’accompagnement trois fois par mois, telle autre une fois par mois car ses délais de restructuration psychique, pour vaste et profonde, sont plus longs. Certains accrochent le regard, d’autres n’empruntent que l’écoute. Et tout peut changer à tout moment. Reinventer la relation.

Puis, jamais retenir celui qui souhaite partir. Le permettre participe à, de son assujettissement originel, la libération. Conserver des liens, cela oui, avec ceux qui n’en ont jamais eu… Et voyager ainsi entre psychanalyse, thérapie, soin et envie, amitié qui fleurit, « par le gré de l’autre » seulement. Puis accepter la fin vraiment. Après toutes ces faces qui ont défilé sur le visage qu’on prête, tous ces mots qui ont abattu murs et toutes ces danses endiablées à qui mène ou est mené, soudain il ne reste plus rien.

Accompagner est un don… Et être sale une chance qu’on prend.