Transfert interrompu

« Derrière un symptôme qui se répète, il y a un fantasme qui s’actualise ; et, enkystée dans le fantasme, grouille la jouissance traumatique, noyau du réel. Au commencement était le réel de la jouissance traumatique. »

C’est par ses mots de Lacan, placés en épilogue du dernier ouvrage de Nasio, « L’inconscient, c’est la répétition », que j’aime poser les bases de ce qui est simple au fond :

L’enfant, que chacun de nous a été, a vécu des moments de trouble émotionnel intense. Ce trouble, au lieu de de se manifester par un sentiment -émotion qui a un sens-, de type tristesse, colère, peur, allégresse d’enfant, et dans des comportements et des mots, a représenté un moment de « jouissance », fait de douleur et joie emmêlées comme l’adulte le sait.

L’enfant, lui, est incapable de venir a bout de la jouissance, par l’expression de la tension, de l’énergie accumulée. Aussi, ce vécu qui ne parvient pas a rejoindre la mémoire des souvenirs, ni le sommeil des justes et l’oubli, et faire partie de son identité consciente et choisie, devient le « refoulé ». Quelque chose de fort et de toujours présent, n’ayant pas pu atteindre le stade de la « représentation ».

Il ne s’agit pas forcément d’un traumatisme violent, ni même des traumatismes « ordinaires » a répétition, que l’on sait désormais (merci Alice Miller), être a l’origine du même phénomène de « trauma » au bout.

Le processus de refoulement à lieu également lors d’une enfance chargée de moments de forte affectivité. Le résultat de la répétition est équivalent. La compulsion d’échec en moins. Mais tout autant privés de liberté ?

La répétition, revenons-y, dont font état Nasio, et par lui référencés, Freud et Lacan, est cette répétition de jouissance ancienne, qui libère, à chaque occurrence en l’adulte, la tension accumulée. Mais sans jamais l’épuiser, tant que la « représentation » ratée ne parvient pas a exister.

Le travail sur soi, de, bien nommé, développement, auprès d’un professionnel de l’accompagnement, favorise cette représentation, ou plutôt, sa symbolisation. Puisqu’il est devenu impossible de se représenter le réel, perdu dans la nuit des temps comme le souligne Lacan, et que la résistance du « moi » au « ça », et que la peur du « moi » vis-a-vis du sur-moi « joué » par l’accompagnant, l’y renvoie aussitôt.

Seul un travail de reconstruction et d’interprétation, en confiance partagée, en permet l’approche maximale et, dans les meilleurs des cas, la résolution complète.

Il n’y a aucun hasard à cela, nulle pré science de l’analyste, et un seul protocole : celui des rencontre régulières et de la parole de l’analysant ; de la présence, du silence et de l’écoute de l’analyste ; jusqu’à ce qu’a court de mots, excédé des rendez-vous contraignants ou bien « accro », re-mise en acte survienne.

En effet, l’analysant va tout simplement se raconter au fil des séances, reprendre le fil de son existence même, oublis et souvenirs, collection de fragments qui composent son identité. Et le tiennent. Mais il va surtout « agir » vis-à-vis de l’accompagnateur en ce voyage intérieur, comme il a toujours agi, y compris, et surtout, dans ses répétitions inconscientes.

Pour ce qui est de l’indicible c’est la seule issue…

Et c’est ainsi que le phénomène de transfert, de répétition dans la relation, de l’expression d’affects anciens et irrésolus, est l’ultime répétition.

« Prenons un exemple (nous dit cette fois-ci Freud). : l’analysé ne dit pas qu’il se rappelle avoir été insolent à l’égard de l’autorité parentale, lui avoir manifesté son incrédulité, mais il se comporte de cette façon à l’égard du médecin. »

Et c’est cela le grand enseignement de cet ouvrage pour moi – qui jouit, certes, de la puissance de décodage et encodage pédagogique de Nasio, sur toute la chaîne de la répétition -. C’est ce détail là. Flagrant dans cet épilogue, aux sources pures de Freud et de Lacan, et d’euros expérience clinique, en situation singulière.

L’accompagnateur se trouve seul – fort seulement de son propre travail préalable et parallèle d’analysant -, face à ce client ou patient qui agit son mal honni ou son bien requis. Et sans se rendre à ses avances ou refuser son mépris, il va exprimer son émotion de simple façon et poser des mots justes sur ce qui entre eux deux se vit. Pour la première fois, sur pulsion maintes fois « subie ». Interprétation toute personnelle mais entendable et sereine, qui ouvre la voie à celle de la personne en consultation.

Puisqu’il ou elle a ses propres raisons, qui, résistances et peurs à bas dans cette authentique et adulte relation, réapparaitront. Et dissoudre progressivement le symptôme, et gagner en identité vraie et, de soi, affirmation.

Transfert interrompu…

Enfin.

Adieu merci.