Analyses, systémique et singulière, à la ronde et en profondeur

Il est comme moi coach analyste. Il répond à des sollicitations privées, de managers et salariés, et il s’étonne que je puisse « analyser » et en entreprise, sans modèles d’accompagnement déployer… L’organisation rassurer.

Et lui, lui il est psychanalyste tout court, et quand je lui confie où j’en suis avec mon client rejeté, puis en coaching prescrit plongé, il s’exclame : - tu es déjà allée bien loin, dans un tel cadre, et en si peu de séances !

Mon client est dans son noeud oedipien. De sa mère morte en enfance, jamais vraiment séparé.

Il me l’a dit. Ou plutôt il l’a dit. Enfin : – tout cela, ils ont beau le mettre sur le compte d’un RPS en relation avec un événement privé difficile : mon divorce en l’occurrence. Mais moi je sais bien que c’est cette histoire de ma mère et moi, tout petit enfant, qui se répète à souhait !

Inconscience folle de nos chers clients quand nous ne prétendons plus les coacher. Patients, et nous avec eux.

Je dis à mon collègue coach analyste : - tu sais ? il y a l’analyse-psychanalyse, de l’individu en soi, et il y a l’analyse systémique.

  • L’intrapsychique s’exprime par la parole individuelle et ses manques. Et par la parole et les manques de l’analyste risqués.
  • L’intersubjectif exprime la forme que prend la relation et donc chacun, à partir du plus profond de soi aussi, tient « un bout ». Et l’analyste la description aisée, et tronquée.
  • La psychanalyse, à chaque pas, amplifie le gouffre en soi, démolit patiemment, comme une archéologie d’antan,  construction de vie erratique, et ensevelie, de réalité d’aujourd’hui.
  • La systémie décrit les interactions et introduit des variations dans le qui, quoi, quand et surtoutdans le comment. Faire plus de la même chose, et obtenir les mêmes résultats : faux. Ou oser, de premier ou de deuxième niveau, le changement.

Face à un problème, le système peut trouver ses propres solutions en interne en déplaçant le problème, mais parfois, le système ne trouve pas de solution, et cela nécessite de s’ouvrir vers l’extérieur, pour y introduire d’autres « informations » afin de résoudre le problème. Toute intervention externe vient dès le début perturber le système, parce que cela introduit du « nouveau ».

Il existe deux types de changements :

  • Le changement de niveau 1 intervient à l’intérieur du système, il modifie le contenu du système, et s’il peut changer la nature du problème, il ne peut pas le résoudre. Ce changement de niveau 1 intervient sur le contenu du système, pas sur la structure. Défaillante bien souvent.
  • Le changement de niveau 2 consiste à sortir du cadre du système pour passer sur un niveau supérieur, ce qui signifie introduire de nouveaux paramètres, seuls à même de modifier les paramètres actuels et la structure existante pour apporter des solutions. Un nouvel équilibre, et collectif, et individuel.

Les changements de niveau 1 ne permettant pas de résoudre la plupart des problèmes rencontrés, « Changements » (1975), vrais, la référence de Paul Watzlawick, intervient davantage sur les changements de niveau 2. Cela suppose de pouvoir et de savoir intervenir sur la structure du problème et de passer en position « méta » : à partir d’une observation facilitée par l’observateur extérieur, analyste systémicien.

En coaching auprès d’un groupe c’est ce qui se produit aisément. Les résistances du groupe aidant, il est possible de figurer la situation et les alternatives également. Par contre, pour inscrire le changement DANS l’individu, et pas tant dans le système, par essence temporaire et auto-conservateur, il est possible de prolonger l’échange collectif, et la prise de conscience collective, par une séquence d’accompagnement individuel, en psychanalyse. Du moins un court instant.

- Pourquoi moi pris dans les rets du système ? Ma responsabilité personnelle. Ma façon de tenir le bout dans la relation. D’où je la tiens également ? Pourquoi moi pris dans les rets de toujours et de longtemps… ?

Et ce que je dis et ce que je tais, et que je pourrai dire au coach analyste en aparté pour aller encore plus loin, en moi, puis avec eux.

Les résistances individuelles en transfert sur le coach. Et devenir analysant, et lui-même lui capable de vivre le transfert, et d’analyser. Puisque lui même analysant est et a longuement été.

Ceci est travail complet.

Et que le coach systémique sache qu’en coaching individuel, analyste aussi il se fait. Ce qui est délicat ici est que le coach se laisse vivre au système qu’il forme avec son client ; guère de position haute ni dans le processus ni dans le contenu, les deux au travail, et s’en extraire douloureusement.

Car, seulement sa prise de conscience personnelle, authentique et sur le moment – ou entre deux séances et attendre répétition -, permet au coach de se représenter la figure du mode relationnel du client, et de lui-même, choisi à bon escient.

Puis, – sorti un instant de la relation- partager son analyse, son interprétation, au bon moment, quand le client est libre à son tour de s’extraire, et peut écouter cette analyse, d’un autre, en partie sur lui, qui est autre ! Suprême inter-pénétration.

Précisons. Le coach peut en toute transparence admettre sa part de difficulté, mais ceci n’est pas nécessaire à tout prix. L’important est qu’il s’en trouve apaisé au moment du partage.

Car, ce n’est que la souffrance tue et partagée qui nous met en échec. Depuis la nuit de temps. Infans sans parole et sans capacité de lire l’autre à voix haute (intelligence).

D’expérimenter le calme de l’autre dans la difficulté, authentique et profond, ou d’entendre sa difficulté et comment il en sort, cela permet de dépasser les résistances les plus personnelles, qui ne se dressent pas tant, CONTRE l’émergence d’une vérité singulière, MAIS de peur de la souffrance que pourrait entraîner cette vérité… en l’autre dont je dépens ! Archaïsmes vraiment, du nourrisson.

Un adulte qui parle à un adulte, le coach analyste à son client analysant, cela remet au bon moment. Présent. L’insupportable d’antan se représente mais plus dans les mêmes conditions. Vivable aujourd’hui, et désormais vie.

Si les résistances tombent, quelque chose de nouveau est possible. Mais « l’ancien » est un symptôme, qui accomplit un rôle, une fonction. Pour que le nouveau prenne place effectivement, il s’agit de désagréger ensemble cette utilité. Et c’est bien là, la deuxième partie de la transformation. En profondeur.

Insistons. La première part, immense, de l’accompagnement, consiste à lâcher la souffrance, qui ne vient que des résistances à présent. Les menaces ne sont que fantasmatiques et d’un autre temps, alors que les ressources d’un adulte sont presque « illimitées ». Juste contenues de réalité de l’instant. Et le temps passe et la réalité… change !

La deuxième part, pour parvenir au changement en profondeur et dans la durée, consiste à lâcher le symptôme. Construction de compromis, spontanée et sauvage jusqu’ici, du temps où nous étions petits.

Il s’agit alors d’accepter d’être moins spontané, moins « moi c’est comme ça », moins « je ne sais pas faire autrement ». « Il faut me prendre comme ça » ou me laisser. Passage à l’acte. Agrippement. Abandon.

Il s’agit d’être plus réfléchi, plus en lien avec les autres, plus au contact de la vie. Et élaborer « ce à quoi je tiens et que je choisis’ et créer « ce que je voudrais et que je construis. »

Et au coach ni de prendre ni de laisser. Ni d’imposer ni de retirer.

Se poser tout juste AVEC son client-patient la question :

- Comment lâcher quelque chose « qui fonctionne » alors que nous ne savons pas encore comment faire sans, et très concrètement ?

C’est cela la partie la plus passionnante du travail : c’est l’oeuvre ! L’art de coach. Et l’art retrouvé du client.

Imaginer, créer, prendre des risques ensemble. Puisqu’il s’agit d’aà deux encore une fois expérirementer le changement, en soi et dans la relation. Et revenir à l’analyse intrapsychique pour chaque obstacle nouveau. Trouver encore une fois de plus, et une fois de plus encore, subtilement, de plus en plus à couper au plus petit de lame de couteau, les résistances, comme des cheveux d’enfant.

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Alors, à mon client, qui me parle comme à sa mère il ne peut plus parler, de revenir vers ses supérieurs et partenaires RH, et de leur parler, comme sa mère ne peut plus lui parler. Face à face, les yeux dans les yeux vivants. La voix avec l’émotion, fatigue, détermination, de ce qui est, et ce sera bon.

Pour ce qui est du contenu du poste de réintégration, il le dit de lui même : - si peu d’importance alors… Mais je me sens bien apprendre à nouveau… Avec eux, ou là où ma parole trouvera l’écho.

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Analyse systémique, et l’analyse singulière, main dans la main, yeux dans les yeux, et s’extraire des plus beaux noeuds. A la ronde et en profondeur.

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