Dont acte

Vous êtes nombreux, coachs, accompagnateurs, thérapeutes, ou en voie de l’être, à me demander encore plus de sources et repères bibliographiques que celles que je laisse jaillir et couler le long des pages de ce blog, que vous lisez avec assiduité et dont je vous remercie. Comme s’il y avait des secrets et des grimoires en réserve…

Je vous reponds souvent que la rencontre est ce qu’il y a de plus apprenant, avec ses risques et ses émerveillements.

Pour répondre à la fois à votre besoin, de concret, et au mien, de préserver de l’humain la magie, c’est avec grand plaisir que je reprends ici un court extrait du châpitre qui me semble plus au coeur, -matériellement au centre et du message en profondeur-, de l’ouvrage d’Irvin Yalom : Le bourreau de l’amour.

« Qu’est-ce qui vous a précisément aidée lors de notre dernière séance ? A quel moment vous êtes-vous sentie mieux ? Etudions la question ensemble.

(…) Ce qui a renversé la situation -et m’a aidée à retrouver mon calme-, c’est le moment où vous m’avez raconté que votre femme avait comme moi des problèmes dans son travail. Je me sens si minable, si nulle, et votre femme jouit d’un tel prestige, qu’on ne peut nous mettre dans le même sac. Me confier qu’elle et moi avions certains problèmes en commun m’a prouvé que vous éprouviez du respect pour moi.

J’allais protester, lui affirmer que j’avais toujours eu du respect pour elle, mais elle me prit de court : je sais, je sais, vous m’avez souvent dit que vous aviez du respect pour moi, et de l’affection, et que ce n’était pas que des mots. Je n’y ai jamais cru. C’était différent cette fois-ci, vous aviez dépassé le stade des mots.

J’étais fasciné par ce qu’elle disait. Elle avait le chic pour mettre le doigt sur l’essentiel. Dépasser le stade des mots, c’était le point le plus important. C’était ce que j’avais fait, non ce que j’avais dit. Faire quelque chose pour le patient. En partageant un fait concernant ma femme, j’avais agi en direction de Marge, je lui avais donné quelque chose. L’acte thérapeutique, et non la parole thérapeutique ! »

Ce texte est extrait de la nouvelle Monogamie thérapeutique en page 249 d’un récit, édité en France par Galaade, toujours empreint d’humanisme et riche d’enseignement, et que le thérapeute et conteur de génie dédie de façon très particulière à sa patiente.

Marge, comme chacun d’entre nous, voulait exister, être quelqu’un pour lui. Yalom, comme chacun d’entre nous, se sentait exister de son désir. La conclusion du châpitre est en or fin.

« J’ai toujours pensé que vous pourriez écrire quelque chose à mon sujet. Je voulais laisser una marque de plus dans votre vie. Je ne veux pas être seulement « une patiente de plus ». Je voulais être « spéciale ». Je veux être quelque chose, n’importe quoi. J’ai l’impression de n’être ni rien ni personne. Si je laisse une marque dans votre vie, peut-être serais-je quelqu’un, quelqu’un que vous n’oublierez pas. Alors j’existerai.

Marge, comprenez-bien que si j’ai écrit ce récit vous concernant, je ne l’ai pas fait pour que vous puissiez exister. Vous existez sans que j’aie besoin de penser à vous ou d’écrire sur vous, tout comme je continue à exister lorsque vous cessez de penser à moi.

Pourtant, il s’agit bien d’une histoire d’existence, mais qui a été écrite pour l’autre Marge, celle qui n’existe plus désormais. (Cette autre Marge… que Yalom décrit comme étant vive et outrageusement, et délicieusement provocante ndlr). J’étais prêt à être son bourreau, à la sacrifier pour vous. Mais je ne l’ai pas oubliée : elle s’est vengée en gravant son image dans ma mémoire. »

 

A chacun sa cuisine et dépendances