Je ne sais plus où j’habite

« Vouloir étouffer ou soigner le sentiment de solitude, c’est empêcher un être humain de prendre conscience, de grandir, de faire quelque chose de sa vie. La solitude est à la fois le prix à payer et la récompense de notre liberté. Il ne s’agit donc pas de la renier, de la brader jamais, ni pour vivre une histoire amoureuse, ni pour faire carrière, puisqu’elle est ce qui demeure unique en chacun de nous. “Habitare Secum”, disaient les moines comme les anciens philosophes. “Habiter avec soi”, cela revient à dire: habiter sa solitude. C’est le lot, le destin de tout homme qu’on veuille se le cacher ou non. Et c’est le commencement de tout … »

Jacqueline Kelen

D’où, peut-être, le sentiment et l’expression du « je ne sais plus où j’habite » quand nous plongeons en traversée solitaire, vers notre liberté au bout du bout.
Au manque révélé, à la perte de notre environnement matériel et charnel, quand la plongée en solitude n’a pas été consciemment faite – « choisie » dirions-nous en langage qui enrobe tout -, (perte d’emploi, rupture sentimentale, perte de ceux qu’on croyait amis, sinistre de biens), j’ai aimé opposer, bien avant la découverte du travail sur la solitude et les blessures de Jacqueline Kelen, et des mots philosophes de l’Habitare Secum, tout ce qui nous habite et habille quoi qu’il en soi :
* nos pensées et notre visage,
* nos sentiments et notre peau,
* nos créations, élaborations psychiques, et les traces que nous laissons :
cette étreinte, ce dessin, cette idée, ce choix de vif vêtement.
Et ça, jamais, personne, rien, ne pourra nous le retirer. C’est dans notre vraie solitude pleine que tout cela est donné. La liberté…
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Et puis, il y a la solitude à deux.
Cela vient d’un mot d’esprit de ma soeur.
« La meilleure école de solitude est le couple.
A chacun de s’inventer seul quand la présence de l’autre est désirée. »