La face claire de la dépression

La dépression est une répétition d’un état foetal, puis, souvent, de nourrisson-avorton : souffrant. L’instinct de vie, pour s’accomplir et se garder en vie, exige, de la part du « rejeton », une violence imposée à l’environnement.

Il existe chez l’embryon d’adulte à ce moment une lutte intérieure, entre les sentiments d’amour et de haine, qui reflète bien, au niveau intra-psychique, la lutte physique qu’il ressent, de la « pas suffisamment bonne traitance », l’expression : et lui entre la vie et la mort.

La mère, les parents, la famille, ne retiennent et ne renvoient que « l’enfant difficile » que l’adulte a été.

Jean Bergeret a, lui, donné un autre nom, et ses lettres de noblesse à ce duel sensible intime et à cette bataille dérangée au dehors :

La « violence fondamentale« , bien antérieure à l’essentiel freudien dans la construction psychique du sujet qu’est le  « conflit » oedipien.

Violence en réalité sans objet, la violence fondamentale se suffit à elle même pour tension de vie créer.

Et quand le temps de l’objectalisation qu’est cet Oedipe arrive, par la haine, toujours, de haute force conquise.

Elle a déjà abordé la maladresse de la mère, pour lui donner le sein. Comment, tour à tour, elle l’étouffe et elle la prive, de son jus vital.

Comment étant elle-même enfant rejetée, elle a rejeté à son tour celle qu’elle a mis au monde : seul accueil d’elle connu.

Et sa psychanalyste en veut peu ou prou, de ses souvenirs impossibles. De ce hors « sentiers battus ».

Rejetée à nouveau. Et alors ?

Alors, elle lui rapporte sa solitude d’enfant, l’amie qu’elle-même rejette, le vomi ravalé, les toilettes qu’elle évite pendant toute une journée, et pour seule « distraction », ce papa qui la rejoint, dans sa chambre, et pour la gifle du trop.

- Seul moment de plaisir – lui avoue-t-elle – pour l’enfant que j’étais.

- Ah !

Oedipe enfin, doit, cette analyste, songer.

Mais au fond d’elle-même, elle le sait très bien, que la violence du père est violence d’elle-même par lui incarnée.

Ouf !

Sauvée.

Et elle poursuit son analyse, longtemps longtemps – comme Bergeret le fit en son temps. Et comme lui, pas tant pour résoudre cet Oedipe inversé, que pour de toutes ces forces encore, prolonger, renforcer : ce conflit qui est le noeud, qui l’amarre à la vie, même si en ses eaux troubles elle mouillera aussi.

Dépressive en effet. Réussissante à chaque pas. De toujours et à jamais.

*

Pour revenir aux rebonds les plus répandus de la dépression sur le cycle de la vie, lire mon article précédent : la grande dépression, librement inspiré de la psychologie du déprimé par mon partenaire et ami Roland Brunner. Mais comme dans le cas ici cité, creux, bonds et rebonds, sont de plus en plus fréquents en nos accompagnements, sans rythmique d’évolution, et si féconds ! Pourvu que ce levier de « violence fondamentale » nous reconnaissions.

Et en cette journée de supervision de mon groupe de coachs, je leur dédie cet article, avec le coeur. Et avec André de Châteauvieux co-superviseur avec moi de tant de ressort ;-)