Le transfert appliqué au coaching

Comment accompagner sans déployer technique certifiée ni dérouler méthodo de questionnement ? – me demandent souvent les coachs, anciens, de leurs impasses lassés, et nouveaux, lucides du guet-apens.

Avant, je répondais « de vous mêmes : votre présence suffit à l’affront ». Le transfert. Mais c’est déroutant…

Alors, je déroule enfin moi-même mon propre tapis aidant :

- Ecoute

- Répétition

- Reformulation

L’écoute silencieuse n’existe plus dans la vie de tous les jours. Dans l’intimité du Cabinet de coaching elle est aussi intimidante que libératrice. De toute façon le client se sent « obligé » de parler, d’éviter la gêne, de superposer le flux du « je vous paye » à un flux de « vous m’écoutez » au moins. Et dès que le client parle, il se dit et tout y est.

La répétition est celle du client d’abord : il y a un mot, une tournure, un contenu, un jugement, qui se répète dans sa parole libre, ou alors, la même chose à contresens. Quelque chose qui vient contredire très ponctuellement le flot. Quand le coach reprend et répète mot pour mot cette occurrence qui a un sens, le client l’entend.

S’il y a résistance il opposera bien vite un « je n’ai pas dit ça ». Laisser alors poursuivre le flot et à la prochaine occurrence lui faire répéter lui-même et répéter à nouveau. Puis, scansion. Ne pas insister. Attendre du psychisme inconsciente maturation.

S’il n’y a pas de résistance et qu’une porte s’ouvre le client s’engouffrera dans une nouvelle séquence, bien de parole, bien d’abréaction, libération d’émotion. Rester suffisamment longtemps sur ce détail qui peut paraître infime (des cheveux courts ou longs est un exemple rencontré en ma pratique) mais qui noue et cristallise tout un ensemble de pensées et sentiments.

La reformulation est de plus en plus possible au fil des séances. Ce n’est pas une répétition stricte des mots du client mais une autre histoire que le coach sous-entend à entendre et re-entendre des répétitions qui n’ont pas pu être élucidées. Le coach interprète ce qui ne se dit pas alors que « cela hurle au fond ». Il peut se tromper. Il assume que cela lui appartient : « C’est curieux, ou drôle, ou malaisé… Je me sens, moi, en tout cas, interpellé, amusé, gêné, à vous entendre et entendre quelque chose aussi que vous ne dites pas. » Le client va se reconnaître, ou dans l’affect, ou dans le contenu, ou dans les deux d’un coup. Et à son tour en parler, reprendre ce qui lui appartient.

Tout traumatisme s’enkyste comme un contenu, incompris, associé à un affect, mal digéré. Il n’y a qu’en présence d’un autre qu’un affect est possible et son contenu revenant.

Et quand le client nous parle en conscience, en conscience nous l’entendons. Quand c’est à partir de son inconscient notre conscience est dépassée et nous nous mettons à enkyster à notre tour « le morceau ». Si nous mettons la parole nous évitons en nous-mêmes aussi le refoulement, de la violence qu’il « nous inflige » à son tour et inconsciemment…

C’est le mode d’intervention en secourisme post-traumatique sur le moment : « dites-moi tout ce qui vous passe par la tête, ce qui s’est passé, comment vous vous sentez, l’indicible de ce qui est. » Le coach en accompagnement est son meilleur secours, et souvent, celui de son client, à cet endroit bienvenu : celui du transfert à l’oeuvre.

Balivernes que d’apprendre en tant que coach ou accompagnant à maîtriser, gérer, contrôler son contre-transfert !

Apprendre à vivre avec l’autre… et cela est.