L’art de l’occulte

«Il y a quelque chose qui vient de tellement plus loin que l’homme et qui va tellement plus loin aussi»

André Breton

Occulte et Art, par le Musée d’Art Moderne et Contemporain de Strasbourg

La fascination pour l’irrationnel et l’obscur, qui semble aussi vieille que l’humanité, s’est particulièrement exprimée dans l’art. C’est cependant, de façon apparemment paradoxale, au moment où la science des Lumières a prétendu éclairer le monde de façon rationnelle que sont apparues avec les premiers romantiques des réactions spiritualistes. Les curieux confondent alors volontiers ce que l’on ne comprend pas avec ce qu’on veut croire, fantômes, fées ou démons. Poète et peintre, William Blake était visité par des esprits et Goethe cherchait à percer les mystères de la matière vivante et des couleurs. Avec Novalis qui parle d’art magique, l’artiste se perçoit comme voyant ou médium.

Quand apparaît au milieu du XIXe siècle le phénomène spirite, Victor Hugo sera le premier des grands créateurs à interroger les esprits par l’intermédiaire de tables tournantes. Le spiritisme n’allait pas tarder à se répandre dans tous les milieux et à trouver un théoricien en Allan Kardec et son Livre des esprits (1857). C’est à nouveau une grande époque pour les fées, les démons, les vampires, les esprits, les possessions, les communications avec les morts, tout cela source d’une inépuisable imagerie. Symbolistes et Nabis se passionnent pour l’occulte, entraînés par l’écrivain mystique strasbourgeois Édouard Schuré. La littérature, l’architecture, la danse, la musique, de Mozart à Wagner et de Satie à Varèse, la photographie, le jeune cinéma de Méliès à Fritz Lang, sont traversés des mêmes forces.

Au tournant du siècle, la médiumnité et les phénomènes parapsychologiques se discutent âprement. La littérature et les arts plastiques sont particulièrement concernés dans toute l’Europe. Certains sont des spirites convaincus, comme Conan Doyle ou Hilma af Klint. La théosophie préoccupe un temps le peintre tchèque František Kupka et plus durablement Piet Mondrian ou Theo van Doesburg. En Allemagne, le groupe du Blaue Reiter en appelle aussi à la théosophie, comme Kandinsky ou Arp.

Enfin, plus près de nous, les surréalistes voudront, eux aussi, « prendre les ordres du merveilleux ». Ce sera le cas d’André Breton et d’artistes comme André Masson, Victor Brauner, Kurt Seligmann…

Et nous ? En 2011 ? Chacun là où il est.

Quelle part laissons-nous à du sombre libre expression ?

Comment l’étrange le familier débourbe, l’inédit réveille la normalisation ? Et créer chacun son existence, et son art. Un pas plus loin. Tracer profond.

A Paris aussi, l’exposition Hey !, nullement rétrospective mais sur ondes et rue pignon.

Puis tendre la main, encore une fois, au blog De Changer l’Art et à son artiste à l’affiche, et l’étranger en soi : Tardivo.

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