Quand ça procrastine, moi Jane

« Savez-vous dire pourquoi êtes-vous sujette à la procrastination, cet art de remettre au lendemain ce qu’on pourrait faire maintenant ?
Certaines savent qu’elles ont besoin de l’échéance pour se mettre en mouvement et d’autres se flagellent d’être trop organisées, espérant secrètement un peu plus de poésie dans leur vie. Pour toutes celles, et ceux, qui ne sont pas en paix avec leur mode de fonctionnement, ou qui le voudraient légèrement différent, plutôt que de s’astreindre à être ce qu’ils ne sont pas -pour moi ce sera une super woman super organisée, d’ailleurs vous m’en mettrez deux, merci – il nous a semblé intéressant de se pencher sur le sujet, et de se poser la question du « pourquoi », pour évacuer la trop facile et familière culpabilité. Les causes sont aussi intimes que nombreuses : perfectionnisme, résistance, anxiété, fatigue, surcharge d’activités … nos experts nous parlent de désir, ce truc dont on n’a pas toujours conscience, qu’on cherche parfois à taire et qui émerge quand on l’attend le moins.
Alors que vous procrastiniez ou non, c’est peut-être là l’occasion de vous interroger sur ce que cela dit de vous. »

Telle est l’édito et le dossier d’actualité de :

HEC au féminin

La Lettre-Mag, Janvier 2012, #45

Procrastination, slow down : quand ralentir peut faire du bien

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Avis d’experts

André de Châteauvieux Eva Matesanz

Pourquoi, selon vous, la question de la procrastination devient plus présente dans les magazines, tel un « phénomène de mode » ?
Y a-t-il une relation entre la culpabilisation accrue de devoir remettre au lendemain des tâches toujours plus urgentes, nombreuses et les exigences croissantes en terme d’efficacité au travail ?

AC :
La procrastination relève d’un désir qu’on s’empêche de faire exister, comme un acte manqué qui est aussi un acte réussi à un niveau non conscient. C’est le symptôme d’une résistance qu’il est bon d’interroger : se poser la question de ce que l’on ressent et vers quoi on désire vraiment aller aide à sortir de l’inaction et de l’impasse. Cela transforme l’énergie négative (« je n’y arrive pas ») en élan positif et créateur.

En entreprise, le « phénomène de mode » est renforcé par le besoin de se mettre en scène comme manager débordé ou collaborateur affairé. Cela entretient le symptôme, enferme dans un sentiment d’échec ou de culpabilité et empêche de confronter des modes de management qui ne conviennent plus.

Avez-vous le sentiment que la manière de « procrastiner » des femmes diffère de celle des hommes ?

EM : Du fait de leur rôle dans la procréation, le désir des femmes est plus « animal » : c’est un désir de vie qui se retrouve dans le besoin de prendre soin des liens. A l’inverse, le désir des hommes se situe plus dans le souci de l’action et de créer une œuvre.

AC : En effet, les femmes qui viennent en coaching ont en général une conscience claire de ce qu’elles désirent profondément mais elles tournent parfois en rond ou s’arrêtent au moment de concrétiser leur projet. Elles cherchent alors à se défaire de l’image de la femme parfaite, à dire un « non » à l’autre qui est aussi un « oui » à soi-même, à son désir. A l’inverse, la procrastination des hommes, derrière l’agitation, exprime plus souvent une difficulté à faire émerger leur désir profond.

EM : Le désir de vie des femmes se traduit par une procrastination des tâches qui sont ressenties par elles comme moins essentielles.

On voit bien que la procrastination peut se révéler une étape utile sur le chemin du développement personnel. Cependant, comment faire face à la procrastination de deux personnes qui partagent un lien : parent/enfant, conjoints, collaborateur/manager, par exemple ?

AC : Le symptôme de la procrastination est l’occasion d’interroger son désir et il est tout aussi utile dans les situations de conflit. Si une personne tarde à faire ce qui lui est demandé, c’est qu’elle ne se reconnaît pas dans la situation qui lui est imposée. C’est le moment de s’engager dans une « conversation courageuse » où l’empathie et la compassion  prennent la place, un instant ou plus, de la confrontation.

EM : Et quand les parties ont confiance dans la relation qui les unit, elles peuvent découvrir ensemble des ajustements créateurs. Dans le cadre professionnel, cette recherche commune peut conduire à créer des solutions inédites et des styles de management plus respectueux.

Propos recueillis par Claire Flury HECJF 72

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