Jardin de Délices

De ma tour d’ivoire, ma cage dorée, je suis enfin descendue, au jardin.

Une fête se prépare. L’avais-je oublié ?

J’ai eu fort à faire : sabrer les ronces, ranger les haies.

Mais aussi, affaire de douceur :

trouver une place au laurier,

victoire du corps et du coeur,

dégager le visage, éclatant, du groseiller,

faire la ronde au tournesol,

la cour aux anthémis,

la bienvenue aux boutons de rose,

et mille autres gestes,

pour accompagner, le déclin du printemps et l’adolescence de l’été.

Et de suite, j’ai vu la fête commencer !

Bavardages des Dames Oeillet,

sauf une, par son enfant retenue, sur le côté.

Rassemblement des Sieurs Géranium,

en groupes animés, liesse du vin.

Plus silencieux,

mais tout aussi ivres,

de leurs senteurs et saveurs,

mélangées

 aromates en tout genre,

un peu plus loin.

Sur le côté pourtant,

de bien belles demoiselles Roses,

n’attendent qu’une invitation

pour faire valser leurs coeurs…

Puis,

dans les coins épars,  

loin de ces tribus plus ou moins sages,

fruits cueillis à se faire du pied !

Et tout au fond,

sous l’arbre éxuberant,

à l’abri des regards,

étreinte de la lumière,

par le feuillage hardi.

Enfin, Seigneur Magnolia

fièrement campé à l’angle de la scène,

-alors qu’on ne lui donnait pas

 un seul printemps de plus-,

fleurit de sa dernière fleur,

peut-être,

mais tendre et vaillant,

toujours.

Bienvenus  soyez-vous

dans mon

Jardin de Délices,

éternel éphémère,

qui renaît,

pour peu que ce soit désiré…