Quand Pathos s’invite en coaching : apprendre de la clinique analytique

Quel lien entre pathologies psychiques et coaching, supposé s’adresser aux « bien portants » ? Dans la pratique, le coach rencontre la souffrance du client. Et cette souffrance peut être accompagnée, selon les cas. Pourvu que les coachs apprennent à en reconnaître la teneur. Et la profondeur…

- Le client transfère sur le coach ses affects.

- La relation à deux se tisse en répétition de ce qui se passe et s’est passé ailleurs.

- Et névroses, perversion ou psychoses viennent à se manifester…

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Si nous reprenons le complexe, fondement de la psychanalyse, à l’origine de chacun de nous se trouve tout simplement ceci :

Pour aller vers le grand monde, il est nécessaire de renoncer tout d’abord à ce petit monde qu’il est si difficile de distinguer de nous-mêmes au départ : papa-maman. C’est l’interdit de l’inceste qui se résout par l’introjection de la loi. Concrètement la jouissance du nouveau né, perverse, se canalise dans une succession de renoncements, de l’oral vers l’anal, puis le génital. Et enfin l’amitié, l’amour et la citoyenneté.

- Suis-je mort au vivant ? - reste la question existentielle du masculin. Obsessionnel.

- Suis-je un homme ou une femme ? – est la question existentielle du féminin. Hystérique a été nommé.

Ce sont les névrosés, et ils nous consultent au sujet de leurs névroses. Toute personne s’est construite sur des névroses. Il s’agit de conflits internes très sains qui permettent à chaque fois de créer une troisième voie entre deux dictatures : la pulsion et la loi. De l’interdit né le désir et avec désir la vie y va.

Névroses de coach sont sollicitées. Mais généralement la supervision suffit à les démêler. Hors ces structures dites « de la normalité », point de questions existentielles, puisque évitement de l’angoisse il y a, par le narcisse, recherche sans complexes de la jouissance pour le pervers, et composition d’identité qu’il a échoué à se construire pour le psychotique.

-Puis-je fuire mon angoisse ?

- Puis-je jouir ?

-Puis-je exister ?

Ce sont leurs velleités imposées.

Il y a ceux, effectivement, qui ne sont pas sortis de l’oeuf, du « entre soi et soi » et les autres gobent en eux. Ceux qui n’ont pas pu, souvent, tout simplement, s’attacher à leurs parents. Ou, et, s’en détacher. Ce sont ceux que l’on appelle de la modernité les narcisses. Miroir de Reine Blanche Neige nous sommes pour eux, avec pour seule mission de les rassurer et de souligner tous leurs attraits. Pour aller encore plus fort et encore plus loin. Tout en étant creux…

Puis, il y a ceux qui « ont tout compris », attachés, détachés, à leur bon gré, et qui « ont choisi », de ne pas payer le prix que paye le névrosé, de renoncer à la jouissance infantile, facile, perverse, de connaître l’angoisse existentielle, pour accéder au désir, à l’amour, à l’amitié, à la sublimation dans le travail, à la solidarité et à la coopération, en entreprise et dans la société. La loi, le pervers la connaît, mais il ne se sent pas concerné. Il ne s’encombre pas de surmoi. Il ignore la culpabilité. Seule la répression, ferme et coûteuse, peut l’arrêter. - Puis-je jouir?- est sa question. Y compris sur son accompagnateur. Attention.

Enfin, il y a ceux qui se sont abîmés avant même d’avoir émergé. Et les psychoses – paranoia, squizophrénie -, les possèdent. Nous sommes nous-mêmes objets de ceux-ci. Le coaching et toute forme d’accompagnement qui implique la présence de deux sujets est ici impossible. Contre-indications au coaching elles s’avèrent. Le passage à l’acte s’opère…

Pourtant, bien souvent, perversion et psychoses nous sont étrangères ; sournoises, elles nous font croire à un accompagnement qui prospère… Alors que névroses, accrochées aux nôtres, nous donnent du fil à retordre ; mais déliées en supervision elles sont souveraines de l’avancement du coaching.

C’est ce que nous vous proposons, Roland Brunner et moi-même à l’occasion d’un atelier de formation-supervision à la psychopathologie les 20 Octobre et 4 Novembre. Et revenir sur vos cas sous un autre éclairage. Et apprendre de la clinique analytique l’essentiel comme Roland Brunner, psychanalyste, coach, formateur et auteur d’ouvrages de référence tels « La psychanalyse expliquée aux managers » et « Psychanalyse des passions dans l’entreprise », sait le faire.

Psychopathologie Appliquée les

20 Octobre et 4 Novembre prochains,

de 10h à 17h à Paris Notre Dame.

A l’issue de ces deux journées de travail, rythmées par des illustrations de cas réels et de situations d’accompagnement vécues, des éclairages conceptuels et pragmatiques, et vos propres cas et questions en cheminement partagé, vous serez en mesure de :

- Connaître les structures psychiques et les pathologies communément associées.

- Reconnaître plus aisément les modes relationnels ou jeux transférentiels et être capable de recul subjectif pour vous et vos clients ;

- Effectuer un diagnostic de structure psychique qui pourra être confronté auprès d’un superviseur avisé.

- Départager troubles et pathologies simples des névrosés de celles sévères et sans issue des psychotiques.

Mieux vivre vos propres névroses, en reconnaissant les jeux transférentiels, et pouvoir poursuivre un accompagnement prenant mais possible.

Déceler à contrario les pièges subtils de la perversion et la psychose, et limiter votre implication dans ces cas-là, voire organiser la sortie sans heurts.

Les inscriptions sont ouvertes afin de constituer un groupe d’expérience et de partage, en passant par la rubrique contact et en faisant référence en sujet aux journées de Psychopathologie Appliquée.

Le tarif journalier est de 340 euros net, à verser à l’inscription.

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Et pour ceux qui aiment autant promener leurs doigts sur les lignes qu’entre les lignes de l’humain, quelques lectures que j’ai aimées :

De Roland je viens de terminer son tout dernier ouvrage, petits pas sur Rome et Freud. « Freud était fou de Rome » et il est fou de redécouvrir l’homme en sa folie. Et toujours à lire et relire ses ouvrages de référence :

* Narcisse chez le psychanalyste, L’Harmattan aussi

* La psychanalyse expliquée aux managers, Editions d’Organisation

* Psychanalyse des passions en entreprise, Eyrolles

De Gabrielle Rubin, chez Eyrolles aussi un puissant et tendre Eloge de l’Interdit

De Cécile Sales, sales et bienfaits de son propre Itinéraire de Psychanalyste, éditions Le Félin

De Philippe Grimbert, point un essai mais le roman, désormais en Livre de Poche, de La Mauvaise Rencontre et de la psychose, cette  » autre chose qui les a déchirés, qui était là depuis le le début, mais personne ne pouvait encore imaginer . »

De Joyce Mc Dougall, la douceur dEros aux mille visages, chez Gallimard, pour cette femme qui se risque aux limites de Thanatos,

là ou la plupart des analystes abandonnent, sur des dérèglements sexuels, addictifs et somatiques lourds. Elle est surtout à l’origine du concept de normopathie. De ses propres mots : c’est « en essayant de comprendre les analysants qui se précipitent dans l’action pour échapper à la vie imaginaire, (que) j’ai crée, pour les nommer le terme de normopathes, afin de montrer que sous leur apparente normalité de comportement se cache une défense pathologique contre des formes d’angoisse psychotique (McDougall, 1978a, 1985).

De Delphine de Vigan, le roman d’une vie et l’auto-psy de la folie, quand Rien ne s’oppose à la nuit (JC Lattès).

Et de Yalom, au bout du bout, Dans le secret des miroirs (Galaade), l’Espoir d’une rencontre singulière, insaisissable, inexplicable… Impossible. « Impossible métier… » disait Freud.